jeudi 1 décembre 2016

Les condoléances seront reçues…!



« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis…ils sont dans le bois qui gémit ». Gémissements de plaisir ou de chagrin ? Eclaire notre lanterne Birago Diop, nous, desséchées âmes indifférentes aux images des mots, à la poésie de l’horreur et de la béatitude. « Le souffle des ancêtres » s’éteint dans le brasier de l’insensibilité même si les larmes ruissellent aujourd’hui plus qu’hier. Nous les essuyons avec notre vanité mondaine, avec nos petites marottes.

Moi qui étais si prompt à chicaner sur les « gestes » de compassion des Sénégalais (jaxal), je me suis retrouvé, au décès de ma mère, les poches remplies de billets de banque comme jamais. Cela m’a été d’un certain secours. Je me suis servi de cette petite fortune pour nourrir et loger ceux-là mêmes qui m’en avaient gratifié ! Il m’a fallu ensuite acheter quelques matelas pour les « compatissants de luxe » comme on l’aurait fait avec la future belle-famille à l’occasion des épousailles (avant les chamailles). Ces hommes et femmes de la société « émergente » n’aiment pas trop le « thièbou yapp » et ne boivent pas l’eau en sachet (en même temps ils ont raison, cette eau-là !).

Le soir, quand les « chants lyriques » se sont noyés dans les souvenirs ressassés (toujours les bons, prescription divine, paraît-il) et que la bombance a pris fin, j’ai pris le temps de penser à ma « pauvre » mère. De sa nouvelle demeure, elle est certainement fière de voir son garçon servir ses vieilles amitiés avec déférence ; lui que leur affectée tendresse répugnait. C’est à peine si je n’ai pas exulté pour dire à ma mère « yaye sa fête bi neexna ! » (Maman ta fête a été belle !). L’envie de la lui raconter me brûla ». Elle m’a peut-être bien entendu :

« Ton bélier t’a rejointe au ciel. Pour le dîner, on a sacrifié la brebis. La viande du taureau n’a pas suffi. Tous tes amis étaient là. Et il fallait bien qu’ils mangeassent. J’ai demandé à ton grand frère de me prêter un peu d’argent pour les billets de retour des « villageois » comme tu aimais à le faire lors des fêtes de réjouissance. Mon oncle, bienfaiteur des chairs rondes de la capitale, a accédé à ma requête après que je lui ai donné en gage tes colliers en or en attendant le partage de l’héritage. Les quatre imams du quartier ont proposé leurs services. Le plus jeune s’est désisté après avoir soulevé une petite controverse. Tu as toujours respecté, maman, ces trois vieux, mais, moi, je les trouve tordus. Je n’ai pas encore eu le temps de te pleurer comme toutes ces personnes qui ne t’ont jamais rendu visite quand, malgré ta souffrance à l’hôpital, tu continuais à m’entourer de ta prévenance sous le regard amusé et ému de l’infirmière…Je te raconterai le reste quand j’aurai arrêté de frémir d’indignation…Ah, la vendeuse de cacahuètes, elle a tellement pleuré ! Elle m’a aidé à m’occuper de ta clique de grandes dames et leurs compagnons esbroufeurs ».


Birago, pardonne-moi cette offense. Les morts sont définitivement morts ; même ce pauvre taximan qui a subi la furie de ce jeune homme qui, dit-on, était promis à un « bel avenir ». Il conduisait de rutilantes bagnoles et passait à l’écran. Cette contingence dans cette ascension vers ce que nous concevons comme la réussite semble nous émouvoir davantage que l’acte ignoble qu’il a commis et qui anéantit les espoirs d’une mère éplorée et d’une ex-future épouse traumatisée à vie. Les esprits étroits et destructeurs d’un autre temps diront qu’elle porte la poisse pour en rajouter à sa peine. Aura-t-elle droit au « jaxal » psychologique ? Pas si sûr ! Et si les taximen en grève y faisaient un tour ? 

Ventilation « progéniturale »



Une de mes connaissances d’une touchante générosité, mari d’une femme peu précautionneuse, se tape de moins en moins la cloche. Cet ex-rupin, grand pourvoyeur de petites délices, bienfaiteur du chat et de la souris, des gueux (au propre et au figuré) et des hommes de cour de son apprêtée épouse, rase piteusement les murs. Les commères et leurs « potes de potins » s’en délectent joyeusement avec leurs petits « ndeysaan » de commisération. Ses enfants ont désormais pris un abonnement chez le gargotier ! 

Le matin au moment d’aller à l’école, le boutiquier du coin si peu discret, donne quelque menue monnaie (en attendant que le géniteur retrouve sa santé financière !) à l’un d’entre sa progéniture qui ne le regardait pas avec dédain. La petite chichiteuse du vieux désargenté devient subitement tendre, moins hautaine. Ses frères fréquentent désormais « les petites saletés » crasseuses jouant pieds nus avec des haillons, les Gtv (grosses têtes vides) du quartier. Le drame est qu’il ne peut pas compter sur sa pompeuse épouse, tournoyant toujours dans les airs de la vanité, comptant naïvement sur sa coterie fortunée et ses repus courtisans qui ne supportaient son aristocratisme incommodant que pour sa libéralité à leur égard.

Il faut bien que les mômes mangent, s’habillent, se soignent et gardent un peu de leur fierté. Au pays de Sall Ngary, sans argent, c’est un peu compliqué malgré les bourses familiales ! La stratégie la plus ingénieuse, pour d’ex-rupins, est de « ventiler les gosses ». Il doit bien y avoir quelque part dans ce vaste Sénégal un tonton, une tante ou un grand ami de leurs aïeuls qu’ils n’ont jamais cherché à connaître qui pourront se les coltiner durant les vacances…Tant mieux si la rentrée des classes coïncide avec la Tabaski. Les enfants vont revenir avec le nécessaire. Et si le tonton, la tante et ce « lointain » ami sont aussi généreux que le vieux du temps de sa splendeur, ils leur achèteront des fournitures… et du goûter. Et le tour est joué. Le budget des toilettes élégantes de maman ne sera pas grevé ! Papa, le débonnaire, n’oserait pas d’ailleurs ! Il en a fait une reine, amie des gens d’en haut qui ne descendrait de son piédestal pour l’innocence d’aucun petit capricieux de sa descendance.


Au risque de paraître égoïste, la « tactique d’éparpillement » des enfants employée par certains chefs de famille est déshonorante. Elle abat quelquefois la fierté de leur progéniture valsant éperdument, comme Maimouna (Abdoulaye Sadji), dans deux mondes de valeurs disparates. Les codes de convenance, dépouillés de toutes les fourberies, sont des moyens de raffermissement des liens sociaux. Mais, quand, au nom d’une solidarité plus idéalisée que vécue, on écrase l’autre du poids des devoirs non assumés, le glissement de sens est marqué. Les réminiscences constituent un viatique pour les âmes jeunes en quête de repères. Face aux vicissitudes de la vie, elles affirment, à travers ce passé lointain, leur personnalité morale. Le souvenir d’un père qui s’abandonne à la facilité et d’une mère insouciante est un accotoir fragile.

jeudi 26 mai 2016

Dialogue naz-ional


Les « Colombes » et autres autoproclamés médiateurs ou entremetteurs, c’est selon, ont été bien inspirés de considérer le président Macky Sall comme le « fils » d’Abdoulaye  Wade. Il n’a pas fait que lui succéder au pouvoir. Il le parodie. Et ce n’est là qu’un doux euphémisme pour faire honneur à son rang. Le troisième président de la République du Sénégal profitait des instants solennels de recueillement pour appeler la classe politique à se réunir autour de « l’essentiel ». Ce mot n’avait évidemment pas la même acception pour tout le monde. Toujours est-il que son appel fut rarement suivi d’effets. Il n’y avait que ceux-là que les « prairies bleues » attiraient déjà qui s’engouffraient dans la brèche. Cela ne servait en définitive qu’à donner une petite dose de dignité aux adeptes de la « mobilité politique » qui ne sauraient davantage attendre d’être conviés autour de la ripaille, cet acte « hautement républicain ».
Son successeur s’y est inscrit, avec moins de faconde certes, en réaffirmant son désir de nouer le dialogue avec l’opposition récemment quand il est allé présenter ses condoléances à une responsable politique. C’est louable venant d’un chef d’Etat taxé, à tort ou à raison, d’homme impassible et intransigeant. Mais, là n’est pas la question. L’impression qui se dégage quand on parle de dialogue au Sénégal,  c’est qu’il est circonscrit autour des leaders politiques. Il est davantage fait état de contentieux électoraux, de négociations sur  les retombées éventuelles et l’avenir politique des uns et des autres. L’enjeu est  moins défini en termes de propositions de gouvernance, de gestion des affaires publiques. Et s’il ne s’agissait que de cela, l’Assemblée nationale, comme dans tous les pays où les institutions jouent leurs rôles, est le lieu indiqué pour évoquer tous les sujets concernant les affaires de la cité. C'est vrai qu'on s'y farde la tronche (pour les ex-mères mbotaay) et qu'on s'y "crêpe" le veston (n'est-ce pas Oumar Sarr ) davantage que les méninges ne sont triturés, waayé nak...!
Si le président de la République est en désaccord avec le Parti démocratique sénégalais, c’est un secret de polichinelle, l’emprisonnement de Karim Wade et les tentatives de « désagrégation » (ce qu’il est en train de réussir) de son ancienne formation y sont pour beaucoup. Ici, le dialogue ne se pose plus en termes d’orientation économique ou sociale. Il a trait aux destins individuels. Et il ne lui est pas interdit de vouloir rassembler autour de lui les forces politiques du pays en tant que chef de parti pour sa réélection même si cela pose le problème de la confusion des rôles dans l’espace public. A-t-on affaire au leader de parti ou au président de la République. Les divergences d’opinions, d’options ne sont en rien préjudiciables au fonctionnement des institutions. Cela est plutôt un baromètre de la vitalité démocratique.

S’il doit y avoir dialogue, c’est certainement avec les syndicats de l’enseignement et de la santé vers qui il faut se tourner. Toute autre entreprise n’est que jeu politique sans intérêt pour les Sénégalais qui ont d’autres préoccupations plus urgentes que les chamailles et palabres des animateurs des 200 partis et des poussières. Le désamour entre la classe politique et les populations tient au fait que le débat public n’est pas en cohérence avec les aspirations des citoyens. Les appels au dialogue ne sont que de la poudre aux yeux. Les transhumants s’empresseront de se débarbouiller le visage pour répondre aux jouissances de sa majesté. Et ils n’auront finalement servi qu’à cela.


dimanche 20 mars 2016

SénéGALE, fepëy xasan (texte réchauffé)


Un bon ami, un tantinet fielleux, s’en prenait souvent aux Sénégalais qu’il trouvait tortueux. Plus que toute autre vilenie des animateurs des 250 partis politiques et des poussières, la question de la transhumance lui inspirait une certaine répugnance. Il me disait souvent, pour s’en offusquer, que les « transhumants » politiques ne débarquaient pas dans des prairies plus vertes avec un cheptel. Ils sont escortés et célébrés par des Sénégalais qu’ils y paissent.  La cohorte indignée poussant des cris d’orfraie est souvent celle-là qui s’apitoie sur sa propre infortune ; celle d’avoir été moins bien servie. Ce réquisitoire dressé par mon ami que d’aucuns qualifieraient d’aigri, donne matière à réflexion sur le vieux tube d’été de wade, « wax waxeet », remis au goût du jour par Macky.
Il y a quelque chose de cocasse dans cette histoire de reniement. La « vertueuse» société  s’émeut d’une infamie dont elle se couvre allègrement. Elle porte en triomphe « ñi man polotik », joli euphémisme voulant dire « baratineurs éhontés ». Je racontais, à mon tour, à cet ami les "bourlingages" politiques de mon grand-père. Celui-ci me ressassait sans se lasser la belle époque senghorienne « diamano toussé cornobof » (corned-beef). Il me parlait aussi d’Abdou Diouf avec émerveillement et conviction.
Je m’étais fait une religion : mon grand-père, connu pour son engagement politique que n’égalait que son illettrisme embarrassant, était un socialiste invétéré, sûr ; si socialisme il connaissait. Il avait la réputation d’être un « bon politicien » et embarquait souvent les ingénus vieux flemmards. Hélas, Wade est celui pour qui il s’est également battu pour sa réélection en 2012 avec une telle ardeur qu’on eut cru à un décret divin. Aux dernières nouvelles, de son lit d’hôpital, il a déposé son baluchon chez sa majesté Sall.

Il ne faut pas s’étonner donc que le président de la République ne donne pas plus de valeur à nos petites règles de bienséance si souvent chantonnées par les premiers transgresseurs, les Sénégalais. Les exhibitions des « zélés » de la couronne et les exaltations des louangeurs de la cour –ils sont dans leur rôle- ne suscitent pas l’émoi outre mesure quand le verbe ne traduit pas la vérité ; cette « agonisante  » vertu dont les Sénégalais si friands de moralisme s’entichent de moins en moins. Suprême paradoxe pour une civilisation d’oralité. Il fut un temps où la parole donnée tenait lieu de signature. Aujourd’hui, vous pouvez jurer sur tous les Saints et promettre la tête de votre mère et la dignité de vos aïeuls, vous ne ferez qu’en rajouter à la réticence de vos interlocuteurs.
Si le peuple n’a que les hommes politiques qu’il mérite, portons alors le toast à l’honneur de l’alliance pour la fourberie et le reniement. Comment nous avons appelé ça ? Wax waxeet ! Nous faisons semblant de nous en offusquer. Mais nous le chantons, nous en rions. ! Nous aimons ce côté pernicieux de ceux qui le répandent.
On pouvait espérer l’éclaircie de certains « enturbannés » au verbe mystificateur dont l’immixtion dans le jeu politique ne montre que l’étendue du mal. Que dire de la société « si vile », ce luxueux château de recyclage pour politiciens en mal de succès ? Les accointances avec les politiciens qu’ils vouaient aux gémonies, de l’opposition comme du pouvoir, ne traduisent que la versatilité, pour beaucoup du moins,  de leurs causes. Mais, ils ne sont qu’à l’image de ceux qu’ils prétendent défendre, les Sénégalais si peu fiables. Deuk bi fepëy xasan !


mercredi 2 mars 2016

Manda-bi

Les génies parmi nous, hommes de petites intelligences, ont, sans vouloir rendre des oracles, cette créativité prémonitoire qui rebute de prime abord les esprits étroits avant d’interpeller ceux-là plus alertes. Qu’ils soient butés ou vifs, ils ont en commun le temps incertain comme à la fois allié et contradicteur. Et Le revers et le triomphe comme baromètres de leur  risible et ignoble mauvaise foi.
Dans son film, « Manda-bi », Sembene Ousmane nous rappelle nos propres inconséquences. Ceux à qui le « manda » n’était nullement destiné espéraient davantage en jouir que le bénéficiaire. Pour ce dernier, le temps filait vite. Il usa tant de subterfuges pour le percevoir qu’il n’en profita pas assez (ou peut-être jamais). Les créanciers commençaient à s’impatienter. Ils n’éprouvèrent aucune appréhension : « dès qu’il disposera du mandat, il honorera ses engagements. Il n’est pas aussi roublard que son vieux maître », se disaient-ils pour ne pas se faire du mouron. Nous ne parlons plus du défunt cinéaste. Nous faisons référence au peuple sénégalais à qui l’on doit une dette.
Euphoriques, nous ne fîmes guère attention aux  nouveaux pestiférés « oisillons » de mauvais augure (avec qui sa majesté picorait avant 2008) qui pépiaient. Paf ! Tout à coup, le chantre de la vertu se souvient de la bonne dame « constitution » qui  refuse toutes les avances depuis juin 2011. Subtile dérobade ? Contrairement à l’infortuné personnage du film de Sembene, l’ex-poulain de Wade a trouvé le moyen de s’enfuir avec son butin qu’il avait promis de partager avec la jouvencelle « démocratie », loin des aspirants ! Échappée solitaire sous les huées des râleurs publics et de la coterie des spécialistes de la science dévoyée, le droit ! Avis, décision, rétroactivité. Et quoi encore !
Il se retourna et vit qu’il n’avait pas affaire à une bande de manchots et d’éclopés. « Ils courent vite dé. Gars yi ñu concertation waay ! » Sa majesté a enfin compris qu’il ne fallait pas toujours écouter les fidèles mammouths (Niasse, Tanor, Dansokho et leurs cliques) qui barrissent de désillusions…électorales. Les situations les plus incertaines ont été le fait de ces éternels et vieux « losers » et de ceux qui portent mal le qualificatif « sage ».
Le juge constitutionnel sénégalais, si souvent incompétent, ne sort de sa somnolence que pour renouveler son pacte d’allégeance au « prêteur » de privilèges, le président de la République. Il faut lui en savoir bon gré pour tirer parti de sa générosité. Pour les Sénégalais, le contrat de confiance est rompu depuis belle lurette. Qu’il y ait cinq ou sept « sages », on ne fera qu’en rajouter à leur répugnance. Comme celle que devrait leur inspirer la classe politique, adepte de pirouettes surréalistes. Ce référendum ne se résume pas en un « oui » ou un « non » pour les citoyens embarrassés par tant de reniements. Un faible taux de participation traduira forcément le mépris du peuple à leur égard.   
On peut légitimement douter de la sincérité du président de la République, Macky Sall,  singulièrement sur la question de la réduction de son mandat. Il est également permis de s’interroger sur le débat entretenu par l’opposition surtout en ce qui a trait à la laïcité. La complexité de cette question commande un discours plus responsable pour ne pas mettre en péril ce que les pères fondateurs ont minutieusement construit. Le crédule personnage de Sembene aurait volontiers cédé son « manda » pour préserver ce legs. Et vous, le feriez-vous ? Oui ou non ?






  

jeudi 11 février 2016

Nos chers goorjigeen


Quand je n’étais encore qu’un môme aimant s’acoquiner avec les malfamés individus, il m’arrivait de voir des choses peu ordinaires. Il y avait parmi eux, un jeune « gars » qui se rengorgeait de ses étrangetés (ou déviances pour faire genre) pour nous impressionner : manger un chat  par exemple (là où nous étions, on ne s’en nourrissait pas). Plus on semblait s’émouvoir de sa singularité, davantage il nous en mettait plein la vue. Un jour, on me raconta que le cocasse personnage « fricota » avec une bourrique (pour satisfaire sa libido ?) devant un parterre de curieux. Cela fit le tour de quelques chaumières. Certains n’y crurent point. Il parait qu’il a reçu quelques baffes des contristées mains de sa génitrice.
Pour convaincre les sceptiques, il reprit son infamante scène de petites mœurs. Est-il un zoophile ? Un simple maniaque instinctif ? Un petit inconscient en mal d’attention ? Je ne l’ai plus revu depuis cet épisode. J’étais parti sous d’autres cieux.  Mais, me dit-on, c’est un homme respectable aujourd’hui avec,  comme on se plait à concevoir l’épanouissement, une épouse et des enfants. C’est un rescapé pour parler de manière triviale. Ne le sommes-nous pas tous d’ailleurs ? Les irrépressibles envies ne sont pas forcément celles-là communes qu’on découvre par soi-même. Elles sont parfois suscitées par l’autre…à la même conformation des organes génitaux. Certains s’y attacheront. D’autres s’en détourneront. Cet autre n’est pas toujours cet être venu d’ailleurs aux antipodes de nos valeurs…sexuelles ! C’est un oncle, le copain de papa, l’amie de maman, la tante…Le « mal » est ici. Il est en nous. Des marches de désapprobation ne feront que l’enfouir au tréfonds des désirs opprimés. On ne criminalise pas des inclinations naturelles. On les encadre pour préserver les âmes insouciantes dans nos internats, dans nos couvents, dans nos écoles coraniques etc.
Les mâles chiqués aux phrasés et tics exquis (parce que répétés dans nos chaumières) qui s’entichent du membre viril devraient inciter à nous interroger sur ce qu’on est (ou croit) en train de devenir. Sur ce que, peut-être, nous ne sommes plus : nous-mêmes.
Quand les institutions pourvoyeuses de sens sont en parfaite contradiction avec l’imaginaire des « masses », il ne faut pas s’étonner que la société soit désarticulée. Les désirs « matés » de ceux qui estiment que « rien de ce qui procure la joie n’est contre la nature » (Henri Troyat), profitent des brèches laissées entrouvertes par notre propre déliquescence entretenue par nos fourberies qu’on prend pour des valeurs. La soutoura. Mon œil ! Ici, ce que le mari chuchote à son épouse est cancané à la foire aux médisances. Les invertis, les gigolos, les zoophiles, on les connait plus que ne semble le démontrer notre ébahissement face à leur « subite » exubérance.


mercredi 20 janvier 2016

Neegu Yalla, bitik Imam aki gangooram


D’ex-rupins à la retraite, en mal d’« audience » (les drianké sont allées chercher ailleurs) et d’exutoire, prennent plaisir à transformer  tous les petits coins de nos  exigus quartiers en  « échoppe ». Ou si vous voulez, mosquée, neegu Yalla.  On garnit son dressing-room de froufrous, de grands boubous empesés. Le falzar et la chemise sont mis au frigo. On s’achète un chapelet plus gros qu’un boa. On marmonne en saluant les bonnes dames. On dégotte un imam à la rhétorique savoureuse. C’est une aubaine pour lui. Il n’a jamais rien fait dans sa vie. C’est lui qui séparait les ménagères qui se crêpaient le chignon quand ses nouveaux « copains » (qui se souvenaient de lui à chaque fois qu’ils devaient donner l’aumône aux indigentes gens) étaient au boulot. La bande des ex-coquets (coquins ?) à la retraite le sort de son ennuyeuse existence et le met au centre des crédules dévots. Il leur faut bien un imam « compagnon » fidèle de la galère, prêt à les accompagner dans leur subite repentance et qui ne leur ressasserait pas inlassablement les paroles divines. Ce n’est d’ailleurs pas sûr que l’Imam en sache bien davantage qu’eux. Il a juste dû apprendre à mieux débiter la Sourate Fatiha et quelques petits versets (Julli day gaaw, waruño teye mboolo mi) qu’une bouche dépeuplée de ses dents ne réciterait guère moins bien que lui.
Un  peu de tintamarre ne ferait pas de mal à un nouveau « commerce » tenu par une vieille garde décidée à le rentabiliser. Des « laay laay lal-la » criés (le participe « psalmodiés » aurait été insultant pour les êtres férus de bonnes notes) à tue-tête y participent. L’oreille du Seigneur est devenue dure ! Il faut hurler ! Les micros amplifieront « l’horreur ». La transition n’est jamais évidente. Une embardée effraie toujours. Soyons indulgents avec les nouveaux « fous de Dieu ». Passer de Peter Tosh ou Ray Charles à Abdallah Soudais…ça craint ! Ou de « chauffeur » de bal musette à muezzin insomniaque ! Ça sonnaille beaucoup, mal et fort. Et à envie. Désormais, le peuple se réveillera tôt. Les oreilles siffleront. Les « pestiférés » peu exaltés pesteront. La gérontocratie s’en moque éperdument. Elle doit bien vendre sa cabane, l’entretenir. Il y aura toujours un « machin à acheter » : une moquette, un plafonnier, un micro, « def ci jakk ji, man kaana lillahi kanal lahu lahu ». Les patriarches stimuleront l’élan de commisération des âmes bienfaitrices à l’égard de…leurs pauvres, « dimbali neew ji doole yi ».
Les vieux copains, « accotés » au discours mystificateur de leur recrue d’imam, s’entichent jalousement de cabas et de besaces. Leur « forteresse » devient le réceptacle de nos compassions, de nos désirs viscéraux de croire au mirage, à leur soudaine « métamorphose spirituelle », Yalla mooy defar jaam bi, mookoy sedd ». Les menues monnaies récoltées ça et là ne sont qu’une gratification du Seigneur satisfait de la bonne tenue de sa « chambre », jamais aussi bien animée.

A pour - suivre…




lundi 21 décembre 2015

Les confidents de Dieu


Quelques dévots se plaisent à dessiner un monde qui les rendrait eux-mêmes moins sûrs de leurs étranges absurdités (Ici, Dieu a des confidents). Sur cette terre, on s'offre, se soumet pour vivre d’espoirs entretenus par la vénérable personnalité qui n’ouvre la bouche que pour cracher sur des paumes moites et percluses d’admiration et de mysticité monnayée ; celle qui leur donne cette douce illusion de voir au-delà de la munificence de la nature, des étoiles (qu’ils sont les seuls à voir scintiller !), de pouvoir s’abstenir de « vivre ». Car ce monde admettant la souillure est indigne d’eux pour qu’ils en jouissent ! Il faut le regarder avec dédain ; ceux qui s’en entichent, avec plus de mépris encore. Ils finissent par devenir asociaux. Le géniteur devient, pour le rejeton subjugué par le discours mystificateur,  « cet homme qui n’a rien compris » au sens de nos petites existences. Il l’imagine dans le supplice de l’enfer. A moins que le confident du Seigneur, l’intercesseur auprès de celui-ci, messie de quelques impies et autres libertins, veuille bien leur savoir bon gré de leurs descendances.
A suivre...

jeudi 26 novembre 2015

Plan Sénégal émergent : Ndongo Samba Sylla décèle quelques failles

Ndongo Samba Sylla entouré de Mme Sonko et de  M. Thierno Diop.
L’émergence économique, expliquée dans le contexte sénégalais, a forcément des relents politiques, des analyses qui transcendent parfois les idéologies et les approches techniques. Elle implique, de la part des gouvernants et des intellectuels, de l’accommoder aux réalités des peuples d’Afrique. Elle exige, au risque de paraître libertaire, une déconstruction des concepts qui nous sont venus d’ailleurs. C’est toute la substance des idées émises par l’économiste Ndongo Samba Sylla, invité hier, au carrefour d’actualité du Centre d’études des sciences et techniques de l’information.
L’Afrique et les pays dits sous-développés ne sont pas tenus de s’approprier des concepts dont ils ne sont pas les auteurs. La bonne gouvernance, « un fourre-tout », selon le conférencier, doit être explicitée, repensée, si elle ne disparaît de l'imagerie collective passive, pour qu’elle ne soit plus une épée de Damoclès  sur la tête des pays du tiers-monde. Le vice champion du monde de scrabble ne s’enthousiasme pas outre mesure face à un « Plan Sénégal émergent incohérent et peu ambitieux » écrit par des mains étrangères gracieusement rémunérées.

lundi 16 novembre 2015

Les nouveaux polichinelles de la sape


Quand le coureur de jupons drague une crédule demoiselle, il lui chuchote qu’elle est plus torride que Rihanna, plus pimpante que Beyonce. Ou pour faire local, sa tronche mieux « sculptée » par le Seigneur que celle de Vivi ex Ndour, sa silhouette plus fine que celle de Coumba Gawlo, ses formes plus généreuses que celles d’Arame Thioye, la poitrine plus… (Tout doux, on est dans un pays de croyants). C’est un jeu de dupe et de pipeau. Mais en voulant  abusivement jouer avec les flammes de la pulsion, de l’impulsion, on finit souvent dans « des couvertures en bandes de coton, sur une claie de jonc tissé et consolidé par des lattes » (Abdoulaye Sadji, Tounka). N’galka Guèye, illustre descendant d’une légendaire famille, « merveilleux pêcheur et lutteur grandiose », subit ce triste sort. N’galka disait prétentieusement ceci : « Moi, me marier sur la terre ferme, avec une fille des hommes ? Mon épouse viendra de la mer, je veux des enfants qui ajoutent à ma science l’hérédité supérieure des maîtres de la mer ». Cela le perdit.  Yves Niang aussi avait présomptueusement dit être le plus « branché » des chanteurs de la banlieue, le mieux habillé. Parfois, les subtilités de la langue wolof ou française peuvent nous faire énoncer des choses qui trahissent nos pensées. Le gars voulait certainement dire « mieux accoutré ». Le problème, c’est qu’il croit pouvoir enfiler le « pyjama » mieux que Michael Jackson qui ne faisait que ça dans la vie.
A trop convoiter les étoiles sans savoir à quoi elles ressemblent, on ramasse au bout de la nuit, un cône, une coquille ou peut-être la fortune sans savoir quoi en faire. La nouvelle vague d’artistes-chanteurs (et parfois certaines « anciennes gloires ». Gorgui Ndiaye par exemple se déguise comme un adolescent qui vient de s’affranchir de la tutelle parentale), s’entiche du ridicule pour nous apparaître plus niaise que ne le laissent penser les thèmes abordés dans leurs chansons.  Leurs vidéos sont devenues des plateaux d’exhibition du burlesque. Le caprice vestimentaire de l’artiste est permis quand il nous parle, quand il a une valeur symbolique au-delà des « amusantes » et insolites tendances de la mode dont Waly et ses « coreligionnaires » sont épris. Sous d’autres cieux, on doit certainement se moquer du nègre qui singe comme on railla Battling Siki du temps de ses extravagances de nouveau rupin parmi les Toubabs. Ici, c’est notre champion. C’est toujours Mbarick Fall. Pour eux, c’était juste un drôle de personnage qui suscita leur curiosité. Une brute qui aimait leurs insignifiantes choses, qui les amusait comme un chimpanzé jouant au dandy. Finalement,  ils n’étaient subjugués  que par le boxeur à la poigne ravageuse. Leur « plagiaire » les égayait tout au plus.

Ne tenez pas trop compte de ce que vous venez de lire. C’est un pathétique et aigri has been qui se lâche sur des  « gamins » choyés et friqués qui sortent avec de tentantes nanas qu’il ne voit qu’à la télé. Tenez bon. Quelques surexcités groupies du pays que chantait Mbissane Ngom vous témoignent admiration ! C’est largement suffisant ! Vous n’avez que faire d’une carrière internationale comme Ismael Lô, Baaba Maal et autres…C’est la vieille garde ça !

samedi 14 novembre 2015

Célébrités et sape

Ibrahima Sène, PIT
Ibrahima, comme sur une « Sène » !
Macky, nous l’aimons bien, mais parfois, il retombe dans la munificence légendaire de son vieux mentor (même s’il s’est pris d’affection maintenant pour la vieille garde râleuse). Avec un peu d’inspiration, il aurait compris que quelques chemises bien repassées et pantalons plus plaisants à zieuter que ceux des gardiens de troupeaux aux Etats-Unis, les cow-boys, suffiraient à combler de bonheur le colosse à la voix rocailleuse du Parti de l’inélégance et du toc(Pit). Mais, prési a préféré le nommer à la tête de la société des mines de fer du Sénégal oriental (Miferso). Il y a un sérieux problème dans ce parti de gauche (c’est une inspiration divine, c’est carrément gauche). On se coltine pendant des années le vieux Dansokho (merci, nos oreilles bourdonnent un peu moins) que seuls quelques plaisantins et nostalgiques de Majhemout Diop écoutaient. Ensuite, on nous sort Maguette Thiam (qui ne parle pas plus fort que nos khalifes généraux) pour nous rappeler les vieilles frusques que chantait Doudou Sow. L’autre, bâti à chaux et à sable, et un peu plus jeune, n’est pas mieux loti. Il paraît que sa ravissante fille, Lena, s’effarouchait à sa vue (c’est pourquoi, elle serait repartie après avoir joué à la mascotte pour Ndaamal Kajoor). C’est une chose qu’il peut éviter hein ! Il suffit juste de s’habiller plus qu’il ne s’accoutre.
Ibrahima Sène est natif de Saint-Louis. Il a aussi, paraît-il,  tâté le micro pour quelques notes de salsa au lycée (ne vous moquez pas). Les salseros et les ndar-ndar, on nous le rabâche souvent, sont des gens raffinés. Comment alors le colosse a pu dévier de ce chemin ? Staline s’habillait mal (en même temps, avec sa taille de nabot…). Mao se cachait derrière sa révolution culturelle, on peut lui pardonner la variante du costume Zhongshan. Toutefois, il ne faut pas abuser de la parodie jusqu’à « l’auto flagellation », cher Ibou.

Crédules mômes, quand nous regardions le clip d’Ismael Lo, « Dibi dibi rek », nous éprouvions de la commisération pour cette femme qui parcourait le désert. Nous avions peur qu’elle meure de soif et de faim. Aujourd’hui, devenus de grands garçons, nous nous extasions sur sa beauté aguichante, sur sa mise sauvage qui ne l’enlaidit point. Passez-moi ce délire. Ibrahima Sène, pour nous, alors fougueux adolescents, c’était cette plume acerbe et noble sur laquelle nous n’arrivions pas à poser un visage. Nous aurions aimé ne pas percer le mystère. Ne perdons pas du temps à lui dire qu’il doit adopter un nouveau style, qu’il doit mieux s’habiller, raser la barbe un peu plus souvent. Il ne le fera pas. Filons-lui un 5/10. Ce, pour lui donner une petite chance au prochain renouvellement du Pit (c’est trop dire, vous avez raison). Il parait que Maguette veut débarrasser le plancher (yagu fi, yaxu fi, toju fi, il est mort).

Aida Samb, musicienne
Aida fait sa mue
La petite fille du grand Samba Diabaré, Aida Samb, disait sur un plateau de télévision, au début de sa « fulgurance », qu’elle n’était pas à l’aise dans son déguisement (ce n’est pas péjoratif chers amis, l’artiste, si ce n’est trop dire, se déguise), qu’elle se sentait un peu à l’étroit. Elle aurait même pleuré.  Aida était (ou est) prude. Mais, son staff voulait qu’elle parût moins « ringarde », moins bégueule. L’interprète de « Saraba » finit par s’y plaire. Elle troqua marinière et autres de chez nous pour des tenues beaucoup plus « toubab ». Depuis, nos dévots regarderaient moins ses clips. Ils  en parlent tout de même (ils ont vu de loin quoi !). Et puis franchement, « messieurs exaltés confidents de Dieu », il y a pire comme « exubérance diabolique » au pays de la Terang ! Entre « Saraba et « Lula nex »,  Aida passe de petite fille presque pudibonde à aguichante musicienne à la silhouette affinée, drapée de « coupons » tout aussi agressifs. Elle en a fait écarquiller des yeux même si Aida, on le sait tous, ne sera pas dauphine de miss Ambroise Gomis. Sénégal, nous voulions dire.
Omar Ndao (paix à son âme) nous a laissé une leçon de vie qui, à première lecture, semble même parfois grivoise pour les esprits bornés, étroits. Il disait (et mieux que nous nous employons à le faire en ce moment) que quelque part dans le monde, on ne nettoie que les mains après avoir « arrosé » la pissotière. Ici, beaucoup d’entre nous se limitent à laver le sexe. L’idéal serait qu’on se « rince » à la fois les indociles organes et les mains qui caressent, saluent, étreignent, nourrissent... C’est un échange. Il n’est pas question de singer. Il faut trouver cet équilibre qui fait qu’on reste soi-même tout en ne répugnant pas à emprunter à l’autre ce dont dame nature, dans sa partiale générosité , ne nous a pas gratifiés. Aida est devenue plus éclatante, plus sexy et certainement plus courtisée que jamais par les dons Juans de ndakaaru et s’habille plus court (vous ne trouvez pas que c’est plus mignon que la « toile » qui couvre le visage et tout le corps de certaines dames sous un soleil de plomb, et ramasse les souillures de nos insalubres rues ?). Mais sa mue est tellement brusque qu’elle relève presque du burlesque. Louis Maigron semblait excuser l’artiste (on a du mal à nommer ainsi certains de nos musiciens) de suivre à peu près son caprice vestimentaire dans une certaine époque. Toutefois, il est de bon ton pour un « produit à exhiber » de se donner une image de marque au-delà de ses prédispositions naturelles et des « épidémies de mode ». Aida nous enchanterait davantage. Mais, tu es encore jeune, lula nex nex nañu, baca kanam ! C’est lassant de traduire à chaque fois. Demandez au gars toujours bien sapé et sans un sou qui attend toujours que vous finissiez de lire pour vous piquer votre « Soleil ». Il est en train de zyeuter, faites gaffe.

Souleymane Ndèné Ndiaye, homme politique
Ndéné, nini
Avec  Wade en 2012, Ndéné, le directeur de campagne, est noyé par la déferlante vague marron, quelques indestructibles faire-valoir et  jeunes fougueux (peut-être là un euphémisme). Il se rebiffe et se présente aux locales, à Kaolack. Guinguineo devenait trop étroit pour lui. Il mordit la poussière. Comble d’infortune, le parti démocratique sénégalais n’en a pas voulu pour le rendez-vous de 2017. Il crée l’Union nationale pour le peuple (On nous l’a soufflé ! on n’est pas obligé de se les mettre tous dans la caboche, ces 200 partis et des poussières !) qui ne décolle toujours pas. Heureusement, Jules peut  tirer orgueil de sa garde-robe en se calfeutrant dans son dressing pour retrouver le béguin, la flamme. Faudrait-il juste qu’il en jouisse convenablement.
On a envie de demander au dernier premier ministre de Gorgui ceci : what is the problem ? Encore qu’il n’a pas « une poitrine de moineau, des épaules peu fournies, de petits bras arqués recouverts d’une peau molle et grasse…des jambes de bancal » comme Diouldé (Tierno Monénembo, crapauds-brousse). Il lui faut juste un style surfant entre le chic de Madické Niang et le soft de Moustapha Mamba Guirassy (la craie oblige). Mais quand on veut aligner le chic et le « casual », il faut s’y prendre tout doux. Ça peut être moins allusif que les anamnèses de Roland Barthes.  Une petite casquette Nike, Adidas, Puma –ou que sais-je-  assortie à une veste qui ne sied guère, ça saute aux yeux du plus malhabile monstre de la nippe. Et pour un « gars » attaché à son « rang aristocratique», ça peut faire tilt.
Mais n’allons pas lui faire boire le bouillon si goulûment. Il y en a de ces choses qui lui vont à merveille et qui font ressortir ses traits physiques que pourrait lui envier un autre ténor du barreau si « tendre » avec Souleymane ! Les costumes au fond rayé avec des manches et revers fignolés ou encore les boubous traditionnels agrémentent sa belle silhouette. Et puis franchement, il n’y a pas à se faire du mouron quoi. Le chic choque ou enchante autant que la loque. Du moment qu’il nous parle… Si vous ne le blairez pas, reconnaissez quand même que ses lunettes à verres correcteurs-si elles corrigent- donnent plus de somptuosité à son allure.
Pour entretenir un rêve, celui là présidentiel, nous lui filons la note de 6,75/10. En espérant que son « sang royal » ne se muera pas en « sang d’encre ».

Les petits "cinémas" de quartier font de la resistance

Pour certains, regarder un film, confortablement vautrés dans la bergère de leur salon, relève de la banalité. D’autres, pour jouir de ce plaisir, avec beaucoup moins de confort,  doivent investir les minuscules « cinémas » de quartier nichés dans des locaux qui ont plus l’aspect d’une remise, d’un garage que d’un lieu de détente.
A l’intérieur de ce carré chaud certainement prédestiné au garage,  il fait sombre. Un bon arôme ne s’y dégage pas. Les bancs ne sont pas confortables. Le ventilateur participe juste à l’affreux décor. Il ne rafraîchit plus. Le rideau aussi est malpropre. Pour un rendez-vous galant, on n’y  songerait certainement pas. Malgré tout, des  gens trouvent, dans cette atmosphère peu enviable, le bonheur ; celui de regarder un film avec des amis, des inconnus. Dans le populeux quartier de Grand Yoff, A. D. gère ce « petit cinéma » depuis trois mois en l’absence du propriétaire. Il ne s’en sort pas mal car « j’arrive à récolter entre 6000 et 7000 francs par jour et à m’acquitter de mes factures d’électricité à hauteur de 25000 francs en moyenne par mois », murmure-t-il, le sourire crispé. Ici, l’envahissante technologie ne menace pas encore les affaires !
Sur une affichette, il est indiqué le programme du jour. A 18 heures, les cinéphiles de « l’indigénat » ont droit à un film hindou, « Zanjeer ». Il leur faut débourser 100 francs, 50 de moins s’il s’agit d’un film « américain », généralement moins long. Les enfants du quartier et quelques badauds en raffolent. Des adultes désireux de « tromper le temps aussi », précise A. D., très prudent quand il s’agit de parler de l’impact de ses films sur la scolarité des enfants. Adolphe Gomis, lycéen et parmi ses plus fidèles clients, le tire d’embarras : « Cela ne constitue en rien un obstacle pour mes études. Mes camarades et moi ne venons ici que le samedi et le dimanche ou pendant les vacances. Nous n’avons pas les chaînes diffusant ces films ».
A côté de lui, des « mômes », sans doute moins avertis, font une partie de baby-foot. Le gérant ne s’en émeut point. Encore moins de leurs cris et de leurs fréquentes empoignades. Sa besace le préoccupe davantage. « Leurs parents ne m’ont jamais fait de reproches. Il y a pire comme loisir pour un enfant ». C’est certainement moins dangereux que jouer au « petit camp » sur une route bitumée comme il est « permis » dans ce quartier aux rues encombrées de détritus, de petits commerces, de mécaniciens… Se sont-ils au moins intéressés aux contenus des films proposés à leurs rejetons ? Sous le couvert de l’anonymat, cette mère de famille avoue n’y avoir jamais pensé. Le « tenancier » se prévaut de sa moralité. La pornographie ? « Que Dieu m’en préserve », s’écrie-t-il, incommodé.
Film hindou 100 francs, américain 50
Ailleurs, à Yeumbeul, autre quartier de Dakar fourmillant de monde, de petits métiers, de vies, Lamine Fall tient un « petit cinéma » dans un garage près de la station-service de Darou Salam. Ici, viennent glander quelques talibés. Ils y laissent leur obole pour noyer leur infortune. Mais Lamine, au verbe beau et plutôt enthousiaste et dégourdi, jure leur en faire cadeau souvent. Ces mendiants fréquentent les lieux le jeudi et le vendredi. Un rideau noir sépare le « petit cinéma » à l’intérieur duquel sont dressés des bancs, et la salle de jeux équipée de cinq playstations. Un téléviseur est perché sur un support métallique. Il y règne un silence de cathédrale. Les yeux sont rivés sur le petit écran. « L’écran géant est tombé en panne », informe M. Fall. Celui du Centre communautaire « Galle nanondiral », se trouvant à quelques encablures de là, lui, n’en est pas affecté.
Ce centre, disposant d’une bibliothèque, d’une salle informatique, d’une école, d’un terrain de basket…, est créé, en 1986, par l’église évangélique luthérienne du Sénégal. Il offre relativement un meilleur confort tout en appliquant les mêmes tarifs. On n’y projette des films que durant le mois de ramadan ou pendant la trêve des championnats européens de football préférés au septième art. La clientèle est principalement constituée de « talibés » et de jeunes de Yeumbeul. Les revenus sont, aujourd’hui, moins importants à cause des « petits cinémas de quartier » et surtout de la prolifération des branchements clandestins, même si « la vocation du centre est plutôt sociale », indique Mouhamadou Wone, gérant de la salle de projection depuis 1998.

A Dakar, il faudrait peut-être commencer à s’intéresser aux petits plaisirs des « petites gens ». Les disparités sociales ne résident pas seulement dans l’aisance choquante des uns et la promiscuité ambiante chez les autres. Il est dans ce que les uns et les autres s’inventent comme passions, comme vies. Le loisir a une géographie. Il relève davantage des conditions sociales que des sensibilités culturelles. Aujourd’hui plus qu’hier.

jeudi 12 novembre 2015

Mamadou Mbaye Garmi : la mémoire sociale du Sénégal


Quand ses petits camarades de jeu imitaient les stars du football, d’autres celles du cinéma, Mamadou Mbaye, lui, mimait le geste enjolivé, le pas majestueux et le verbe transcendant des grands griots qui apaisent les esprits et conquièrent les cœurs de pierre et d’or. Il tire parti de son talent en se forgeant une personnalité aux traits enchanteurs, en se traçant une ligne de conduite qu’il s’échine à suivre. L’animateur de l’émission « les mémoires du Sénégal », ce n’est pas seulement cet homme qui éveille et égaye ses congénères ou loue le bienfaiteur. Il est aussi coloré qu’imbu de vertus. La vieille garde ne l’a-t-il pas surnommé « garmi », celui-là dont on dit qu’il est noble sous nos cieux ?

Allo ! Je termine ma toilette et puis je suis à vous ! Cela a pris un peu de temps. On a compris ensuite la raison quand on l’a vu. Il en imposait dans son grand boubou bleu assorti à des chaussures de même couleur et au bonnet doré qui rendait la garniture plus harmonieuse. Dans son cocon douillet, Mamadou se  « désencombre » soigneusement et très vite de son froufrou jeté sur un des fauteuils de son salon. Mais il a gardé tout l’éclat d’un griot de sa trempe. Comme on l’entend sur les ondes. Comme on le voit à l’écran.
Si on devait classer les griots, Garmi serait de la catégorie des moralistes au verbe beau et plaisant. Ne les appelle-t-on pas sous d’autres cieux « antidotes des forces du mal » ? Ici, comme ailleurs, ils revigorent le plus engourdi des hommes. Pour y arriver, Mamadou Mbaye ne cite pas Nietzsche, comme le ferait le philosophe, ou comme s’y plairait  l’homme de lettres, Molière. Il puise dans le fonds culturel et traditionnel sénégalais pour donner vie et sens aux choses, légitimer un statut ou ses propres dires souvent entrecoupés par des « tics » devenus des marques déposées ; celles-là qui ont fait tilt dans les chaumières férues de « petites » manières. Na biir, eh Mbaye, c’est comme de douces rengaines qui l’inspirent. Il est stylé. Il fait rire et réfléchir.
Ni cancre, ni génie,  chasseur de laax
Mamadou Mbaye est né à Niarry Tally, « quartier de beaucoup de nobles de ce pays », comme il aime à le ressasser. Il tire aussi gloire d’être baptisé, comme tous les mômes de sa génération, par Imam Dramé enterré dans l’enceinte de la mosquée de Niarry Tally sur instruction du président Abdou Diouf. A l’époque, tous les notables  adressaient des vœux au Seigneur dans un verre d’eau que le nouveau-né devait « s’abreuver ». Serait-ce là le secret de son succès ? « Masha Allah », marmonne-t-il, sourire aux lèvres, en guise de réponse.
Son enfance fut à la fois joyeuse et parsemée d’embûches. Mais rien, même après deux échecs au concours d’entrée en sixième, ne pouvait entamer le moral et la ténacité du besogneux garçon couvé par une grand-mère paternelle, Arame Ndao Guèye et son époux El hadj Atou Guèye,  « le bienfaiteur des bonnes gens, de sa caste et des miséreux », se rappelle l’ancien « potache » de l’école Biscuiterie, fier. Fierté qui illumine son visage quand il raconte cette anecdote comme pour dire au monde que son statut de communicateur traditionnel n’est pas usurpé bien que ses géniteurs, une discrète ménagère et un maître-tailleur des « gens distingués », n’aient pas pratiqué le milieu. Laissons-le plutôt dérouler. Il le fait si bien : « ma grand-mère, Arame Ndao Guèye, était une grande griotte. C’est elle qui faisait la cuisine lors des cérémonies. A la récréation, avec quelques camarades, je la retrouvais pour me délecter du laax (bouillie) dans une louche. A l’heure du déjeuner, elle me mettait du riz dans un pot de tomate ou sur un couvercle. Je commençais alors à déambuler dans la cour comme tout bon griot au contact des grandes personnes ». La flamme le dévore.
El hadj Mansour, ce mentor
Le virus a atteint le corps et l’esprit. Mais le jeune Mamadou doit se trouver une voie. Le pater ne veut pas qu’il soit couturier comme lui. Il embrasse le métier de ferronnier qui lui a permis de « fonder une famille, de baptiser certains de mes enfants », révèle-t-il, si souvent heureux de passer devant ses œuvres. Toutefois, cette envie viscérale de ressembler à certaines gens raffinées aux boubous bien empesés, à la fragrance envoûtante, aux « phrasés » exquis, demeure dans un coin de la tête de Mamadou devenu coquet adulte.  « J’étais si pénétré de ces valeurs esthétiques, de ces manières raffinées, que je guettais, tous les jours, El hadj Mansour Mbaye qui n’habitait pas loin de chez moi, pour l’apercevoir avec sa mise soignée ».
Môme, il joue ailier pour voir de plus près celui qu’il appelle affectueusement « gardien du temple ». La nuit, celui qui se fera appeler, plus tard, griot du troisième millénaire, se laisse bercer par les émissions de son mentor, par les notes des « ndaanaan » qu’il « distillait mieux que quiconque dans sa tranche horaire », détaille-t-il pour montrer son attachement et témoigner sa gratitude à la figure tutélaire des communicateurs traditionnels. Celle-ci le lui rend bien en l’associant à toutes les prises de décision dans leur « coterie » et en lui prodiguant de sages conseils. L’affection qu’il voue au défunt Abdoulaye Nar Samb, une autre personnalité colorée des porteurs de nouvelles, est également profonde. Ces références, il ne les parodie pas. Elles l’inspirent. Son parcours, presque similaire, sous plusieurs aspects, à ceux de ces éminences du monde des griots en est une illustration achevée.
Une percée fulgurante
Comme ses devanciers, Mamadou Mbaye n’est pas allé chercher la radio. Celle-ci l’a trouvé. Son éloquence et ses persuasives harangues l’en prédisposaient. Le hasard, s’il existe, l’a mené vers des hommes de médias qui l’ont choyé et fait découvrir aux Sénégalais. Le visage illuminé, Garmi relate cette fortune comme s’il venait de la vivre. C’était en 2000, mais il n’a rien oublié : « Alors que j’étais tiraillé entre ma passion du micro, du discours qui galvanise et l’atelier de métallerie dont il fallait m’occuper, Lamine Nar Tafsir Khaya me proposa de venir travailler à la radio. Je n’y avais pas prêté une importance particulière mais lui y tenait. Il me mit en rapport avec le directeur de la radio 7 Fm, Adama Sow, qui tomba sous le charme de ma voix. J’y rejoignis El hadj Thierno Ndiaye et Ibra Ndiaye Niokhobaye pour animer l’émission de lutte Penc Lamb ji ». La suite a été comme sur des roulettes, majestueuse.
Après la rupture entre les promoteurs de 7 Fm, Youssou Ndour, « cette noble créature » que Garmi se plait à rappeler la grandeur d’âme, la générosité et la modestie, le reprend de « sa propre initiative et sans intermédiaire cette fois-ci», s’honore- t-il, à la nouvelle radio qu’il venait de lancer, Sport Fm. Il en a été ainsi quand le chanteur a créé le Groupe futurs médias. Aujourd’hui, auditeurs et téléspectateurs savourent sa maîtrise du legs des aïeux et sa maestria.
La politique, ce bourbier de mes amis
Ce monogame qui raffole de « ceebu jën » autant qu’il abhorre ceux qui ne peuvent pas garder un secret ou qui dénigrent le moins offrant, s’est un peu essayé à la politique. Il « chauffait » le micro central lors des manifestations du Parti socialiste. Depuis, il voue une admiration particulière au défunt patron des jeunes socialistes, Pape Babacar Mbaye. « Quand le président Abdou Diouf à qui j’ai récemment rendu hommage les recevait, j’étais toujours présent », se souvient-il. Aujourd’hui, il a pris un peu de distance mais garde de solides attaches dans le paysage politique en général. « Je suis républicain », tranche-t-il. Qu’en est-il de sa relation avec le premier des républicains ? Son compagnonnage avec mon ami Youssou Ndour me ravit. J’estime son excellence Macky Sall  et il me le rend bien », se contente-t-il de dire. Avec Abdoulaye Wade et l’ancien président du sénat, les rapports ont été tout aussi cordiaux. Le leader de Bokk guis guis l’a envoyé aux lieux saints de l’Islam.  

Cette âme sensible qui n’aime pas regarder les films au risque de « se transformer en acteur » prépare un livre qui retrace le parcours de certaines grandes figures sénégalaises. Ne dit-on pas si fréquemment que les griots sont des courroies de transmission, la mémoire sociale du groupe ? Sa mémoire d’éléphant, elle, lui rappelle ce jour heureux où il a croisé, à la Mecque, sa fille, son gendre et son petit-fils. Le malheur n’est pas dans son jargon. Il préfère parler de ce qui fait vivre, l’espoir. Pour sa progéniture, son rêve, est qu’elle soit en mesure de reprendre le flambeau, celui-là de la dignité, de l’honneur. Qu’elle ait moins de prestance ne l’effraie guère. Qu’elle répète moins des « eh Mbaye » à tout bout de…ravissement et d’ébahissement, non plus. « L’essentiel est qu’elle épouse les valeurs essentielles », les siennes, voulait-il certainement dire, par pure modestie. 

Spectacle de fin de stage international de danse. Les bonnes graines sortent des sables

L’Ecole des Sables a organisé, ce mardi, à Toubab Dialaw, son spectacle de fin de stage professionnel international des danses  d’Afrique et de sa Diaspora. Cette représentation, sous la direction artistique de Patrick Acogny, a mis en vedette trente cinq danseurs professionnels des cinq continents après un stage. Ils ont mis leur génie au service d’une idée porteuse qui prend en charge les aspirations de l’humanité à travers l’expression corporelle. Le thème, « danses noires, entre engagement et résistance », est, dans ce sens, assez explicite et épouse la généreuse ambition de Germaine Acogny pour l’Afrique et le monde.

Une minute de silence à la mémoire de celui dont la baguette inspirait les corps, Doudou Ndiaye Rose. C’est la seule fois où les visages ont paru attristés. Par la suite,  le souvenir affligeant s’est noyé dans le ravissement ; celui de voir le corps gémir, s’engager, résister, crier ses peines, haines et déveines, ses folles amours et créer avec l’autre une alchimie que le vocabulaire humain ne peut exprimer. Trente cinq jeunes se sont mis à dire à l’humanité, à travers un langage poétique exquis magistralement conçu d’abord par l’Espagnole Aida Colmenero Diaz, que le mouvement ne dépend guère de l’environnement sonore. L’expression corporelle, si elle n’est déjà cadence, se libère du diktat du rythme. Le tam-tam, dans son « boucan » de fureur, de joie, assourdit moins qu’il n’apaise pour faire voyager le spectateur dans un monde où on bouge mieux. Le feulement du tigre, comme s’y sont essayées ces graines du pas enchanteur, n’effraie pas. Il témoigne du potentiel harmonique des choses et des êtres qui nous entourent.
L’hystérie du loup solitaire ou de la meute peut égayer autant qu’elle agace. Cela dépend de la sensibilité de qui les épie. Le « sabar » ne les détourne pas de leur proie désarmée et déconcertée par les prouesses du corps et du chorégraphe ivoirien Saky Tchébé Bertand. Le phrasé est régulier. Les fluctuations sont exécutées avec amplitude. De temps en temps, la musique trimbale les pas qui s’envolent dans un univers incertain ou déchirent le sol d’une Afrique résistante, d’une humanité porteuse d’un idéal, d’un engagement. Le directeur artistique, Patrick Acogny, éclairé par le douloureux passé des siens, ne parle-t-il pas subtilement de « dialogues triangulaires entre danses d’Afrique, de la diaspora noire, d’Europe et d’Amérique » ? Il fut un sombre âge où la référence à cette figure géométrique était malheureuse, où la danse exprimait l’attachement à des valeurs d’un terroir perdu. Sur la scène, les pieds ébauchent un monde apaisé, les mains un univers en communion. Celles du public applaudissent. Il a fallu parfois qu’on le tempère.
Le corps, un espace de résistance
Le burlesque et la brusquerie ne traduisent pas la haine. Ils témoignent des différences qu’il faut percer pour s’imprégner davantage de son être. On nomme les choses d’une voix déterminée, comme on crierait son infortune et sa délivrance, pour enfin  laisser le soin à la « carcasse » de la montrer : « j’ai de petits seins, j’ai un grand cœur ». L’être et le paraître s’imbriquent. Qui saurait mieux le rendre que ses 35 jeunes corps ruisselant de sueur devant la figure tutélaire, Germaine Acogny ? Le spectacle l’éventa davantage que l’éventail dont elle s’enticha durant toute la représentation.
L’insolite se mêle à l’absurde pour qui ne comprend pas le langage des signes accompagnant les pas parfois « soulagés » par la caverneuse voix d’une danseuse. On sent la respiration de son voisin. Elle berce les spectateurs et s’en va vers le verdoyant paysage faisant face à la scène. La chorégraphe,  Chantal Loïal, fait  « tourner le public  en bourrique ». Le rythme est imprimé par les envies et « parfois c’est bon ou c’est pas bon ». L’assistance résiste davantage aux battements de « sabar » qu’aux allusions comiques, quelquefois ironiques des danseurs. Elle exulte. Elle en a eu pour sa patience quand H. Patten, chorégraphe jamaïcain, a savouré « la victoire sur l’oppression » pour entrevoir le futur ; celui là qui enrichit le langage de l’expression corporelle. Le reggae, il ne se danse pas seulement avec des dreadlocks ou en bondissant. Le contraste sur la scène est saisissant. Il est sublime.

La dernière pièce, sortie de l’inspiration de la sénégalaise Ramatoulaye Sarr, met en scène une ronde au milieu de laquelle se succèdent les danseurs assis sur des tabourets pour offrir au public autre délire que « raas », ceebu jën, na goore» (danses sénégalaises). Les performances sont aussi variées que les nationalités des stagiaires. Ne parle-t-on pas ici de « déconstruction des danses patrimoniales africaines ». L’Ecole des sables ne s’est pas limitée à déconstruire, elle a donné sens à ce qui paraissait anodin à nos yeux, à nos rapports avec les symboles, les coutumes, les croyances. Celles là qui disaient que le ciel boudait face aux rythmes électrisés du tam-tam sont mises en doute. Le ciel s’est extasié en ouvrant ses « vannes » après jouissance des notes de « sabar ». Il a rendu grâce à Germaine. Elle ne convoite pas les honneurs. Mais la nation serait très inspirée de les lui rendre.

Monument de la renaissance africaine. Le ciel s’éclaircit au dessus du colosse


Ceux qui voyaient en « Dupont et Demba » la marque d’un gigantisme des mégalopoles seront étonnés devant l’immensité du monument de la renaissance africaine. Il en impose par sa taille et le symbole qu’elle incarne ; celui d’une Afrique entreprenante. Au début, presque laissée à elle-même, cette réalisation est entourée aujourd’hui d’un peu plus d’égards. Les réactions « primaires » s’essoufflent pour faire de la place à l’émerveillement.

Le temps a fait son œuvre. Le colosse ne languit plus de solitude. Des enfants se laissent glisser sur les toboggans de circonstance bordant les premières des cent quatre vingt dix huit marches d’escalier qui ne rebutent point une tenace sexagénaire. Son ardeur traduit son désir d’assouvir sa curiosité. Le monument de la renaissance africaine, pour elle, « c’était juste le truc qui avait suscité un tollé ». Elle ne déboule pas l’escalier. La téméraire s’essouffle mais y arrive. En contrebas, un jeune patineur, de loin plus fringant, enlève sa paire de rollers après des tours sur la piste qu’il ne se dispute pas avec des automobilistes. A l’instar des marchands d’art  et des taximen d’au-delà des barrières ou des quelques vendeurs de sachets d’eau et de cacahuètes,  des photographes guettent des visiteurs désireux de s’immortaliser avec la statue nichée sur la colline de Ouakam. Ici, il y a de la vie malgré un ciel menaçant et la chaleur étouffante de l’après midi. La nuit, la fraicheur, le parfum des fleurs et l’hospitalière lumière dont celle scintillante émanant du bonnet du « père » en font une zone d’attraction.
Vers 18 heures, comme s’ils se l’étaient murmuré, des individus, pour l’essentiel des étrangers, prennent d’assaut le monument pour une visite guidée. Dans l’attente des guides occupés à faire découvrir les lieux aux premiers venus, les visiteurs s’émerveillent devant des écrans vidéo du rez-de-chaussée reconstituant le processus de réalisation de la plus grande statue au monde parmi celles que l’on peut visiter de l’intérieur. Les grandes figures ayant participé à l’exaltation de la dignité de l’homme noir, à l’affirmation de la terre de ses aïeux et représentées dans le hall, au delà des identités géographiques, témoignent de la vocation de cette œuvre en cuivre ; celle d’être une « chose de l’Afrique audacieuse, de sa diaspora, un patrimoine de l’humanité »,  dit Abdoulaye Racine Senghor, honoré d’en être l’administrateur depuis 2014.
L’Afrique se parle à l’intérieur du monument
Du « belvédère » se logeant dans la tête du « père » aux immenses  biceps, on aperçoit, à travers les baies vitrées, l’énorme « enfant » de cinquante tonnes et redécouvre Dakar sous un jour nouveau. Le « papa » en pèse deux fois plus alors que la « maman » en a trente de moins que ce dernier. Au troisième étage, c’est la « réunification » des grandes familles libérales et socialistes. Les présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade sont magnifiquement représentés cote à cote. Il en est ainsi de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf. La salle du trône offerte par l’Angola avec des objets authentiques appartenant à une famille royale sonne comme une volonté pour l’Afrique de s’approprier une œuvre qui lui est dédiée. Elle est davantage exprimée au deuxième palier dans la salle présidentielle. A l’intérieur de celle-ci, la culture réussit ce que la politique et les entités économiques ne sont pas jusqu’ici parvenus à réaliser : les échanges sud-sud. Ici, ils sont culturels.
On trouve, dans cette salle, le masque Kran du Libéria, celui des cultures du Burkina Faso, l’échelle du peuple dogon au Mali, du Ghana, le fragment de la porte de non retour de Wida au Bénin, la natte de la Mauritanie, une tapisserie de la manufacture de Thiès majestueusement décorés par l’ex première dame du Sénégal, Viviane Wade. Un espace insonorisé y est également aménagé pour des projections de films pour enfants et des séances de conte.
Au premier étage, à travers l’exposition « socio-sculpture » de Djibril Goudiaby, c’est le dialogue des cultures sénégalaises dans leur diversité, dans ce qu’elles montrent de plus impénétrable. Il est prévu d’ailleurs de la faire connaître au public. « Les expositions sont ouvertes à tous les artistes. L’essentiel est qu’elles soient prometteuses », prévient l’administrateur.
Les sénégalais devraient se l’approprier davantage
David, un anglais, flanqué de sa fiancée, est surpris d’entendre que de nombreux sénégalais vivant à Dakar ne savent pas que le monument se visite de l’intérieur. « Il est gigantesque. Il gagnerait à être mieux connu parce qu’il exprime, dans toute sa magnificence, le génie de l’homme. Je ne pouvais pas venir jusqu’à Dakar, après avoir fait des kilomètres, sans le visiter ». dit-il, subjugué. Pourtant, à quelques mètres de là, cette réalisation achevée depuis 2010, c’est comme le suaire qu’on aperçoit de loin. Le corps qu’il enveloppe est un mystère que les « populations sénégalaises gagneraient à percer. Nous aimerions qu’elles se l’approprient davantage », regrette Oumou Khairy Seck, à la tête du département marketing depuis un an.  « La politique menée auprès des établissements scolaires porte ses fruits. Nous leur accordons quelques facilités d’accès. Les élèves montrent plus d’enthousiasme. Nous prévoyons également un spot publicitaire pour les chaînes de télévision et les radios en plus des prospectus que nous donnons aux visiteurs ». ajoute-t-elle. C’est une évidence, la communication passe mieux aujourd’hui que la controverse autour de l’opportunité de cette statue est beaucoup moins soutenue.
Dans le tintamarre qui a accompagné sa réalisation, il s’est posé la question de la rentabilité. Elle est mal formulée selon l’administrateur : « Les retombées ne sont pas seulement financières. L’épanouissement des gens n’est pas quantifiable. L’aspect pécuniaire est moins essentiel que la portée culturelle, symbolique du monument et les réflexions utiles dont nous ne pouvons nous dispenser et qu’il nous incite à porter pour la définition d’une conscience africaine à installer tournée vers l’émergence. Il joue un rôle de  galvanisation ». L’espace de jeu pour les enfants prévu sur la colline est également une stratégie de « captation » de la jeunesse à qui, selon M. Senghor, il faut  « inculquer des valeurs culturelles » lui permettant de s’approprier ses figures et ses symboles.
Certains grands événements qui y sont organisés font plus de la publicité au monument qu’ils ne constituent des rentrées d’argent. Le colosse en pâtit moins que le tollé qu’il avait suscité. Mais, il peut rendre grâce au Ciel d’être désigné par son nom aujourd’hui. On l’appelle de moins en moins, sous le ton de la raillerie, « monument Abdoulaye Wade ».