jeudi 12 novembre 2015

Spectacle de fin de stage international de danse. Les bonnes graines sortent des sables

L’Ecole des Sables a organisé, ce mardi, à Toubab Dialaw, son spectacle de fin de stage professionnel international des danses  d’Afrique et de sa Diaspora. Cette représentation, sous la direction artistique de Patrick Acogny, a mis en vedette trente cinq danseurs professionnels des cinq continents après un stage. Ils ont mis leur génie au service d’une idée porteuse qui prend en charge les aspirations de l’humanité à travers l’expression corporelle. Le thème, « danses noires, entre engagement et résistance », est, dans ce sens, assez explicite et épouse la généreuse ambition de Germaine Acogny pour l’Afrique et le monde.

Une minute de silence à la mémoire de celui dont la baguette inspirait les corps, Doudou Ndiaye Rose. C’est la seule fois où les visages ont paru attristés. Par la suite,  le souvenir affligeant s’est noyé dans le ravissement ; celui de voir le corps gémir, s’engager, résister, crier ses peines, haines et déveines, ses folles amours et créer avec l’autre une alchimie que le vocabulaire humain ne peut exprimer. Trente cinq jeunes se sont mis à dire à l’humanité, à travers un langage poétique exquis magistralement conçu d’abord par l’Espagnole Aida Colmenero Diaz, que le mouvement ne dépend guère de l’environnement sonore. L’expression corporelle, si elle n’est déjà cadence, se libère du diktat du rythme. Le tam-tam, dans son « boucan » de fureur, de joie, assourdit moins qu’il n’apaise pour faire voyager le spectateur dans un monde où on bouge mieux. Le feulement du tigre, comme s’y sont essayées ces graines du pas enchanteur, n’effraie pas. Il témoigne du potentiel harmonique des choses et des êtres qui nous entourent.
L’hystérie du loup solitaire ou de la meute peut égayer autant qu’elle agace. Cela dépend de la sensibilité de qui les épie. Le « sabar » ne les détourne pas de leur proie désarmée et déconcertée par les prouesses du corps et du chorégraphe ivoirien Saky Tchébé Bertand. Le phrasé est régulier. Les fluctuations sont exécutées avec amplitude. De temps en temps, la musique trimbale les pas qui s’envolent dans un univers incertain ou déchirent le sol d’une Afrique résistante, d’une humanité porteuse d’un idéal, d’un engagement. Le directeur artistique, Patrick Acogny, éclairé par le douloureux passé des siens, ne parle-t-il pas subtilement de « dialogues triangulaires entre danses d’Afrique, de la diaspora noire, d’Europe et d’Amérique » ? Il fut un sombre âge où la référence à cette figure géométrique était malheureuse, où la danse exprimait l’attachement à des valeurs d’un terroir perdu. Sur la scène, les pieds ébauchent un monde apaisé, les mains un univers en communion. Celles du public applaudissent. Il a fallu parfois qu’on le tempère.
Le corps, un espace de résistance
Le burlesque et la brusquerie ne traduisent pas la haine. Ils témoignent des différences qu’il faut percer pour s’imprégner davantage de son être. On nomme les choses d’une voix déterminée, comme on crierait son infortune et sa délivrance, pour enfin  laisser le soin à la « carcasse » de la montrer : « j’ai de petits seins, j’ai un grand cœur ». L’être et le paraître s’imbriquent. Qui saurait mieux le rendre que ses 35 jeunes corps ruisselant de sueur devant la figure tutélaire, Germaine Acogny ? Le spectacle l’éventa davantage que l’éventail dont elle s’enticha durant toute la représentation.
L’insolite se mêle à l’absurde pour qui ne comprend pas le langage des signes accompagnant les pas parfois « soulagés » par la caverneuse voix d’une danseuse. On sent la respiration de son voisin. Elle berce les spectateurs et s’en va vers le verdoyant paysage faisant face à la scène. La chorégraphe,  Chantal Loïal, fait  « tourner le public  en bourrique ». Le rythme est imprimé par les envies et « parfois c’est bon ou c’est pas bon ». L’assistance résiste davantage aux battements de « sabar » qu’aux allusions comiques, quelquefois ironiques des danseurs. Elle exulte. Elle en a eu pour sa patience quand H. Patten, chorégraphe jamaïcain, a savouré « la victoire sur l’oppression » pour entrevoir le futur ; celui là qui enrichit le langage de l’expression corporelle. Le reggae, il ne se danse pas seulement avec des dreadlocks ou en bondissant. Le contraste sur la scène est saisissant. Il est sublime.

La dernière pièce, sortie de l’inspiration de la sénégalaise Ramatoulaye Sarr, met en scène une ronde au milieu de laquelle se succèdent les danseurs assis sur des tabourets pour offrir au public autre délire que « raas », ceebu jën, na goore» (danses sénégalaises). Les performances sont aussi variées que les nationalités des stagiaires. Ne parle-t-on pas ici de « déconstruction des danses patrimoniales africaines ». L’Ecole des sables ne s’est pas limitée à déconstruire, elle a donné sens à ce qui paraissait anodin à nos yeux, à nos rapports avec les symboles, les coutumes, les croyances. Celles là qui disaient que le ciel boudait face aux rythmes électrisés du tam-tam sont mises en doute. Le ciel s’est extasié en ouvrant ses « vannes » après jouissance des notes de « sabar ». Il a rendu grâce à Germaine. Elle ne convoite pas les honneurs. Mais la nation serait très inspirée de les lui rendre.

Monument de la renaissance africaine. Le ciel s’éclaircit au dessus du colosse


Ceux qui voyaient en « Dupont et Demba » la marque d’un gigantisme des mégalopoles seront étonnés devant l’immensité du monument de la renaissance africaine. Il en impose par sa taille et le symbole qu’elle incarne ; celui d’une Afrique entreprenante. Au début, presque laissée à elle-même, cette réalisation est entourée aujourd’hui d’un peu plus d’égards. Les réactions « primaires » s’essoufflent pour faire de la place à l’émerveillement.

Le temps a fait son œuvre. Le colosse ne languit plus de solitude. Des enfants se laissent glisser sur les toboggans de circonstance bordant les premières des cent quatre vingt dix huit marches d’escalier qui ne rebutent point une tenace sexagénaire. Son ardeur traduit son désir d’assouvir sa curiosité. Le monument de la renaissance africaine, pour elle, « c’était juste le truc qui avait suscité un tollé ». Elle ne déboule pas l’escalier. La téméraire s’essouffle mais y arrive. En contrebas, un jeune patineur, de loin plus fringant, enlève sa paire de rollers après des tours sur la piste qu’il ne se dispute pas avec des automobilistes. A l’instar des marchands d’art  et des taximen d’au-delà des barrières ou des quelques vendeurs de sachets d’eau et de cacahuètes,  des photographes guettent des visiteurs désireux de s’immortaliser avec la statue nichée sur la colline de Ouakam. Ici, il y a de la vie malgré un ciel menaçant et la chaleur étouffante de l’après midi. La nuit, la fraicheur, le parfum des fleurs et l’hospitalière lumière dont celle scintillante émanant du bonnet du « père » en font une zone d’attraction.
Vers 18 heures, comme s’ils se l’étaient murmuré, des individus, pour l’essentiel des étrangers, prennent d’assaut le monument pour une visite guidée. Dans l’attente des guides occupés à faire découvrir les lieux aux premiers venus, les visiteurs s’émerveillent devant des écrans vidéo du rez-de-chaussée reconstituant le processus de réalisation de la plus grande statue au monde parmi celles que l’on peut visiter de l’intérieur. Les grandes figures ayant participé à l’exaltation de la dignité de l’homme noir, à l’affirmation de la terre de ses aïeux et représentées dans le hall, au delà des identités géographiques, témoignent de la vocation de cette œuvre en cuivre ; celle d’être une « chose de l’Afrique audacieuse, de sa diaspora, un patrimoine de l’humanité »,  dit Abdoulaye Racine Senghor, honoré d’en être l’administrateur depuis 2014.
L’Afrique se parle à l’intérieur du monument
Du « belvédère » se logeant dans la tête du « père » aux immenses  biceps, on aperçoit, à travers les baies vitrées, l’énorme « enfant » de cinquante tonnes et redécouvre Dakar sous un jour nouveau. Le « papa » en pèse deux fois plus alors que la « maman » en a trente de moins que ce dernier. Au troisième étage, c’est la « réunification » des grandes familles libérales et socialistes. Les présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade sont magnifiquement représentés cote à cote. Il en est ainsi de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf. La salle du trône offerte par l’Angola avec des objets authentiques appartenant à une famille royale sonne comme une volonté pour l’Afrique de s’approprier une œuvre qui lui est dédiée. Elle est davantage exprimée au deuxième palier dans la salle présidentielle. A l’intérieur de celle-ci, la culture réussit ce que la politique et les entités économiques ne sont pas jusqu’ici parvenus à réaliser : les échanges sud-sud. Ici, ils sont culturels.
On trouve, dans cette salle, le masque Kran du Libéria, celui des cultures du Burkina Faso, l’échelle du peuple dogon au Mali, du Ghana, le fragment de la porte de non retour de Wida au Bénin, la natte de la Mauritanie, une tapisserie de la manufacture de Thiès majestueusement décorés par l’ex première dame du Sénégal, Viviane Wade. Un espace insonorisé y est également aménagé pour des projections de films pour enfants et des séances de conte.
Au premier étage, à travers l’exposition « socio-sculpture » de Djibril Goudiaby, c’est le dialogue des cultures sénégalaises dans leur diversité, dans ce qu’elles montrent de plus impénétrable. Il est prévu d’ailleurs de la faire connaître au public. « Les expositions sont ouvertes à tous les artistes. L’essentiel est qu’elles soient prometteuses », prévient l’administrateur.
Les sénégalais devraient se l’approprier davantage
David, un anglais, flanqué de sa fiancée, est surpris d’entendre que de nombreux sénégalais vivant à Dakar ne savent pas que le monument se visite de l’intérieur. « Il est gigantesque. Il gagnerait à être mieux connu parce qu’il exprime, dans toute sa magnificence, le génie de l’homme. Je ne pouvais pas venir jusqu’à Dakar, après avoir fait des kilomètres, sans le visiter ». dit-il, subjugué. Pourtant, à quelques mètres de là, cette réalisation achevée depuis 2010, c’est comme le suaire qu’on aperçoit de loin. Le corps qu’il enveloppe est un mystère que les « populations sénégalaises gagneraient à percer. Nous aimerions qu’elles se l’approprient davantage », regrette Oumou Khairy Seck, à la tête du département marketing depuis un an.  « La politique menée auprès des établissements scolaires porte ses fruits. Nous leur accordons quelques facilités d’accès. Les élèves montrent plus d’enthousiasme. Nous prévoyons également un spot publicitaire pour les chaînes de télévision et les radios en plus des prospectus que nous donnons aux visiteurs ». ajoute-t-elle. C’est une évidence, la communication passe mieux aujourd’hui que la controverse autour de l’opportunité de cette statue est beaucoup moins soutenue.
Dans le tintamarre qui a accompagné sa réalisation, il s’est posé la question de la rentabilité. Elle est mal formulée selon l’administrateur : « Les retombées ne sont pas seulement financières. L’épanouissement des gens n’est pas quantifiable. L’aspect pécuniaire est moins essentiel que la portée culturelle, symbolique du monument et les réflexions utiles dont nous ne pouvons nous dispenser et qu’il nous incite à porter pour la définition d’une conscience africaine à installer tournée vers l’émergence. Il joue un rôle de  galvanisation ». L’espace de jeu pour les enfants prévu sur la colline est également une stratégie de « captation » de la jeunesse à qui, selon M. Senghor, il faut  « inculquer des valeurs culturelles » lui permettant de s’approprier ses figures et ses symboles.
Certains grands événements qui y sont organisés font plus de la publicité au monument qu’ils ne constituent des rentrées d’argent. Le colosse en pâtit moins que le tollé qu’il avait suscité. Mais, il peut rendre grâce au Ciel d’être désigné par son nom aujourd’hui. On l’appelle de moins en moins, sous le ton de la raillerie, « monument Abdoulaye Wade ».  





mercredi 11 novembre 2015

Sape et célébrités

Augustin Tine, APR, ministre des forces armées
Augustin piéTINE
Il parait que quand il parle à ses militants de Fandène, c’est comme  Abubakar Chekau en train de galvaniser ses Boko Haramers. Ils font un somme pendant son propos et se réveillent pour aller poser des bombes. Avec Augustin, aussi, c’est la même rengaine. C’est barbant quoi ! « Mesdames, messieurs, on est là aujourd’hui…». Il a pourtant gagné les élections dans son bled. Les pauvres, ils doivent vraiment s’ennuyer. Côté nippe, ça ne donne pas non plus trop envie de zieuter.  C’est moins chirurgical (il est dentiste. ses patients ont dû souffrir le martyre. Quand le toubib vous sourit, ça rassure)
Ousman Blondin Diop disait de l’élite technocratique postindépendance qu’elle avait la « certitude de détenir à elle seule les solutions des problèmes ». L’ancien de Ngazobil, lui, en crée davantage. Prière, madame, de revoir la mise de monsieur avant qu’il ne mette les pieds dehors. Faites en un devoir patriotique. A  moins que ce soit du garde-à-vous à la maison. L’ennemi a été identifié (histoire de rester dans le jargon militaire). C’est lui ! Erreur de frappe. Lâchons plutôt les bombes sur ses costumes aux manches anormalement longues, le col et les revers peu bien apprêtés, les cravates aventureuses, ses pantalons –osons le dire- bouffants, le bas plus froncé que l’entrejambe créant parfois des plis creux et aux relevés vieillots. Envisageons de le mettre en treillis pour que le supplice des yeux ne les énuclée un matin. Encore qu’il n’est ni fils d’Apollon le Grec ni descendant de Venus la romaine. Faudrait-il, en dernier  ressort, supplier  nos « Diambars » en partance pour l’Arabie Saoudite (Tiens, on n’en parle plus là) de le déposer chez Matteo Renzi. Repos !
Notre ministre des forces armées est moins « désarmé » avec le boubou traditionnel qui lui donne moins l’allure d’un raide maréchal de camp. Et si Macky nommait Diouma Dieng premier ministre ! L’ami de Thierno Alassane Sall, avec son 5.5/10, passerait certainement à la trappe au prochain remaniement.

Alioune Mbaye Nder, musicien
Alors Nder, à quand la douce « transhumance » vestimentaire ?
Quand on loue la miséricorde du Seigneur des religions monothéistes, le dévot est en interaction avec l’imaginaire « collectif ». Parfois, il pleure toutes les larmes de son corps. Quand c’est le maître bienfaiteur, le mortel, sous nos cieux, qu’il faut encenser, les exaltés, quelquefois des larbins, marmonnent leur acquiescement, entrent en transe et étalent leur générosité. Le louangeur doit savoir en profiter avant qu’ils ne se rendent compte du manège « institutionnalisé ». Ailleurs (ou toujours), en politique, on vous tourne en bourrique. Il faut s’assurer que le mors est bien en métal. Le pur sang (même s’il n’y en a pas chez les bourriques) est impétueux. Il boit l’obstacle ou vous jette à terre au beau milieu d’une nature hostile. Le thuriféraire plus avide que fasciné qui se complaisait dans de fausses espérances  ne se relèvera que grâce à sa ténacité et à sa capacité à s’adapter à la nouvelle configuration de son cadre d’expression qu’il avait déserté (Ou du moins qu’il ne réintégrait que pour nous apprendre que sa majesté est une divinité). Les férus des petits plaisirs de la Cour de France sous la Régence de Philippe d’Orléans y sont parvenus. Pourquoi pas l’ex rossignol des prairies bleues ? Il peut aussi choisir de cajoler les hommes de cour. Il faudra alors faire face à Doudou Ndiaye Mbengue !
Nder nous dit qu’il a traversé beaucoup de difficultés. Nous aussi, nous avons été peinés par sa « mue ». Il devra en faire une autre. Pendant son  « errance », on a appris à mieux s’habiller. On ne porte plus de casquette avec n’importe quelle mise, même pour dissimuler une tête chauve. La bouffonnerie est la chasse gardée de la nouvelle vague. Le salut est dans la transition que le roi du Mbalax est train de réussir en enfilant par exemple des costumes à la fois smart et « casual », en alliant le chic et le décontracté. Il ne s’agit pas non plus d’adopter la solennité vaniteuse des goûts de Karim Guéye le « ndar ndar » ou de faire du « no look ». Le talent ne suffit plus au pays de la Téranga où on célèbre Ouzin « Barigo » et où on ne connait pas la défunte Aminata Fall, où on s’excite devant des « amazones » et autres « gazelles » aux mouvements extravagants et délaisse celle qui  leur donne une signification à Toubab Dialaw.
La pratique esthétique est complexe. Elle traduit la maturité (ou non) de celui qui la cultive. C’est tout un ensemble homogène (la gestuelle, la posture…) qui détermine le rapport à l’autre. L’artiste doit se donner une identité - pas forcément loufoque - qui témoigne de son état d’esprit, de l’évolution de son corps (ce corps qui prend de l’âge. Yen a qui pensent  à Johnny Hallyday mais là c’est autre chose), de son art, de son environnement sociologique. Le Mbalax a ses exigences vestimentaires. Nder, il faut t’y mettre, « boul yakh sa palakh ». Tu es talentueux.


Alias Diallo, musicien
El Capo de la frime
Sidy Le Soleil, (Laissez-passer), nous rappelait récemment l’histoire de cette allemande que l’époux propret a tellement agacée qu’elle s’est résolue à demander le divorce. Il y a de ces êtres qui ne font rien dans les proportions normales. Ils en disent (Et dire c’est faire selon John Austin) toujours un peu plus. Parfois beaucoup moins. Permettez-moi de vous ennuyer avec mes anecdotes de ma barbante vie dakaroise. Quand mon cousin et moi obtînmes le bac (je me demande comment il a fait), nous nous inscrivîmes à l’Université Catastrophiquement Archaïque de Dakar (Ucad), au Centre de formation de jets de pierres et de techniques de défense aux grenades lacrymogènes. Ne disposant pas d’un logement au campus universitaire, nous quittions, chaque matin, les Parcelles à assainir pour nous y rendre. Mon cousin était friand d’anecdotes. Il en donnait souvent. Un jour, sur le chemin du retour, pour une insignifiante histoire de monnaie, il se bagarra avec le receveur du bus. Arrivé à la maison,  le visage boursouflé, oubliant qu’on avait partagé le même bus, il raconta la correction qu’il avait infligée au receveur. Moi, ce n’était pas ce que j’avais vu. Il était imbu de sa personne (tu m’excuseras « couz » si tu lis ces quelques lignes. Je voulais te le dire depuis longtemps mais puisque t’es un colosse…). Parfois, il suffisait juste qu’il se tût pour qu’on le complimentât pour sa mise ou qu’on le raillât moins. Ses drôles de mimiques, son exubérance de style  et ses extravagances « juvéniles » exaspéreraient plus qu’elles ne fascineraient des groupies surexcités. Et pourtant, il se croyait si bien fringant, si bien endimanché. C’est à se demander s’il ne prenait pas la pestilence pour de la fragrance. Aujourd’hui, le pédant a fait sa mue. Pour me souvenir des excentricités de mon cousin, il me suffit juste de passer une vidéo d’Alias Diallo, le précurseur du « Salsa Jalgati » (Allez savoir. James Gadiaga et le super Cayor nous avaient bien vendu un tel machin, le « Salsa Mbalax ». Et pour ne pas rabâcher la même chose, Alias y accole la danse préférée de nos éphémères héros de 2002). El Capo (lui, il dit que cela signifie « chef suprême » mais puisque je m’étais chamaillé avec mon prof d’espagnol…), ne veut rien faire comme les autres. Et cela lui joue des tours trop souvent. Un jour, il débarque sur un plateau de télévision couvert du « drapeau » des Pays Bas (Bon, disons costume quoi !) pour nous dire ceci : « Qu’il vente, qu’il neige, je porte toujours un costume, même lors de la fête de Tabaski. J’en mettrai quatre-vingts le jour de mon anniversaire au Théâtre national Daniel Sorano (on n’a pas regardé pour vérifier). J’ai trente costumes sur mesure dans mon armoire. J’aime la belle vie. Je joue plus que tous les musiciens sénégalais. Je suis d’une autre génération mais les jeunes (qui aimaient aussi Ndiogou loula intéressé, Badou Ndiaye et adulent Ouzin Barigo pour autre chose que leurs notes) raffolent de mes spectacles… ». Lequel de tes spectacles ? Quand tu chantes et danses ton salsa jalgati ou quand tu joues au baladin, à nous faire pouffer de rire, kaaw hoto watt, mais puisque netto ko bandoum…je m’en arrête là.


Célébrités et sape

Me Madické Niang, ancien ministre
Madické, maître ès élégances
Joueur de foot, il aurait certainement demandé une dérogation à la Fifa pour jouer en costume ou en boubou merveilleusement empesé. A quoi devait-on s’attendre franchement avec un « ndar-ndar » friqué ? Pas de souci Madické, la Crei est en hibernation ! Revenons à nos étoffes, c’est plus relaxant. Dans la dèche, le dernier ministre des affaires étrangères sous le régime libéral, c’est le « gars qui s’acoquine » avec le cireur ou le coiffeur du coin pour de petits forfaits. Il est un homme raffiné. Le smart-casual, il ne connait pas. L’entremetteur de Wade auprès de Touba est trop habillé. Quelquefois, ça peut être un problème.
Mille balles à celui qui l’a une fois aperçu en chemise, en polo, la cravate desserrée ! Ce n’est pas Madické ça. Le style décontracté, ce n’est pas trop sa marotte. Le jean, ce serait un supplice pour celui chez qui Laye Wade crèche.  Il préfère mettre ses costumes classe. Les pochettes de ses vestes aux plis souvent en pointe et assorties aux chemises lui donnent un peu plus de punch (vieux de la vieille garde de la sape, il aurait sans doute préféré qu’on dît élégance). Ses lunettes y participent. Ne les enlevez surtout pas maître. Nous vous aimons mieux avec. Il est une fois arrivé qu’on vous confonde avec quelqu’un d’autre. Vous n’en tirerez pas gloire.

Madické, il faut qu’il pense à varier sa garde-robe quand même. Sait-on jamais, avec les manifestations annoncées de ses copains du Fpdr, il est plus commode de prendre ses jambes à son cou avec un polo, une chemise qu’avec un costume trois pièces ! Pour qu’il se lâche un peu, il lui est accordé une note de 7.5/10. Sinon, il aurait tapé plus fort. C’est sûr.

Abdoulaye Wade
Gorgui fait de la résistance
On disait de lui, à l’instar d’un autre panafricain Kwame Nkrumah, qu’il était atteint de mégalomanie. Il nous a laissé, par exemple, un colosse sur une de nos collines malgré le tollé qu’il a suscité. Le seul aspect sur lequel l’« ami » de l’extrême gauche sénégalaise (c’est du pipeau mais appelons le comme ça) n’a jamais défrayé la chronique avec exubérance, c’est sur son port vestimentaire. Le bonheur, le père de Sindiely l’a trouvé dans la transition opposition-pouvoir en gardant tout de même un brin de style distingué qui lui est propre. N’allez pas imaginer des choses. L’afro, ce n’était pas dans ses cordes ! Cela ne fait pas partie de la kyrielle de promesses qu’il nous avait faite. La « défroque » avec ses bretelles qui lui avaient valu quelques mimétismes bien inspirés, est  jetée dans le bac à ordures du voisin.
Les costumes sur mesure avec souvent des pochettes assorties à ses chemises lui confèrent une allure plus jeune que… (Disons le vieux routier Dansokho !). On ne peut pas lui chercher noise avec les revers, les manches, l’assortiment…Tata Viviane a assuré ! Par contre, avec l’abacost, c’est moins bien réussi. La veste de l’abacost est parfois longue et lui donne l’air d’un patriarche dans une lugubre gérontocratie. Elle ne reflète pas la personnalité très relâchée de l’ancien président. Ce style subsaharien est en tout cas moins abouti que le boubou traditionnel avec l’écharpe autour du cou. Son « poupon », Karim, semble d’ailleurs s’en être bien inspiré depuis quelques temps. Le nouveau locataire…de la place de l’obélisque, ce n’est pas apollon mais c’est select !  C’est « njomboor » !
Nous lui filons la même note que son logeur, Me Madické Niang, 7.5/10. Ça nous éviterait une rixe dans leur cocon douillet de Fann résidence.

Eh hadj Ndiaye, artiste musicien
El hadj des « anar » vestimentaires
Massigui aime Karmen d’une manière quasi obsessionnelle, insaisissable. Il lui « pardonne », sans remontrance, ses incartades. Et la volage Karmen n’abhorre pas sa compagnie égayante. Massigui, c’est le genre de personnage qui vous manque quand il n’est pas là et agace par son assiduité et sa prévisibilité. Il débarque toujours avec ses nippes, ses dithyrambes et ses manières disgracieuses qui distraient plus qu’ils ne suscitent apitoiement. « Dou merr dou guedd » (il ne fait pas la tête).  C’est plus qu’un ami et moins qu’un amant. Les prétendants ne le blairent pas ; lui, aimerait les étrangler. Dans le film Karmen Geï de Joseph Gaï Ramaka, Massigui, c’est El hadj Ndiaye, l’interprète de « Boor Yi » ou si vous voulez de « Bonjour ça va comment va la santé ». Le personnage et la personne s’imbriquent sous plusieurs traits. Il chante dans la vraie vie. Dans la fiction, les cœurs des férus de bonnes notes battent la chamade. Qu’il se nomme Massigui, El hadj ou tout autre nom que Sembène Ousmane a bien voulu lui donner (Camp Thiaroye et Guelwaar dans une moindre mesure), cet ami de la nature se donne une liberté vestimentaire aussi osée que le style musical qu’il a adopté dans un pays friand de « vacarme », de « tassou » et de « bongo ».
Les boutons, chez lui, sont des accessoires encombrants. Le tailleur pouvait ne pas se triturer les méninges à vouloir les assortir à ses « sabadors » si peu pimpants. Quand il a débarqué à la soirée de son ami Wasis Diop (qui n’est pas beaucoup mieux loti non plus. Mais, lui, on le sait, c’est un toubab qui parle wolof) à l’institut culturel Léopold Sédar Senghor pour reprendre ensemble le morceau « Jiné ji », Elhadj donnait l’impression de venir tout droit de ses champs (décidemment c’est un touche-à-tout). Ce jour là, il portait un « falzar » plus ample que les robes des mamies, amies de Jacques le maire honoraire, porteuses de pancartes de la place Protêt. Il parait que Mbaye « tenguedj » n’aime plus aborder le machin dont il s’occupe quand il ne « migre » pas.  Nos plates excuses Diop.  
A force de contempler les arbres, on finit par s’éprendre des écorces dont ils se « parent ». Si la tentation de les parodier est viscérale, il faut revenir vers les siens pour reprendre goût au conformisme étouffant. L’adepte de la musique acoustique s’est trop longtemps hiberné. « Les gens, tu l’as dit El hadj, un jour (on ne sait plus quand et où), n’entendent que ce qu’ils voient ». Alors fais en sorte qu’ils entendent tes belles notes et voient un chanteur mieux sapé que Massigui à moins que guitare, harmonica et semences, tes principales passions, aient grevé le budget.

Idrissa Seck, Rewmi
Comme ci comme ça !
Il lui arrive de se noyer dans ses boubous traditionnels. Idy,  ce n’est pas Tom pouce. Il n’est pas bâti à chaux et à sable non plus. Disons le franchement, il est plutôt petit. L’époux de Ndeye Penda Tall doit en tenir compte. Encore plus s’il s’agit de boubou traditionnel. Avec les costumes droits qui siéent mieux à sa morphologie, il s’en sort pas mal. Pas autant que le croisé. Il ne le rendrait toutefois pas disgracieux.
Les couleurs merveilleusement assorties lui donnent une allure plus fringante. La coupe des manches de ses vestes laissant entrevoir la chemise participe à les rendre plus « griffées ». Le numéro un de Rewmi se donne, sans désinvolture tout de même, plus de liberté dans son port vestimentaire, avec parfois un style très décontracté, le plus souvent sans ses cravates qu’il noue admirablement. Le polo, il en porte également sous ses vestes avec cependant moins de fortune.
Les revers de ses pantalons sont bien travaillés. Le revers, cette fois-ci, de la médaille avec le « jardinier des rêves » d’Abdoulaye Wade, c’est quand il enfile les boubous traditionnels. D’ailleurs, ils le couvrent plus qu’il ne les porte. Ils « maltraitent » sa corpulence peu gaillarde. Les coupes manquent de justesse et lui donnent une allure presque anodine. Il faut y remédier car Ndaamal Cajor n’aime pas ça ! Un petit tour chez le tailleur du coin, à « Grand Thiès », pour une petite retouche lui aurait certainement permis de distancer son « ami » Macky. 7/10. 

Célébrités et sape 3

Souleymane Faye, musicien
Jules failles
Les habitués des soirées de Souleymane Faye ont certainement une fois entendu cette facétie: « Avant, quand on chassait le chat guettant l’os qui traîne, il détale. Avec la conjoncture, il répond à son empêcheur de tourner en rond "ki loumouy wakh ni" (qu’est ce qu’il raconte le gars ?) ». Ce n’est pas seulement le chat qui souffre du contexte économique mondial. Les frusques  de l’interprète de « Sogui » ne grèveraient pas le budget de quelques braves et bonnes gens des « prisonniers de Troyes ».  Jules chante le beau. Il a même loué les qualités de la belle dame qui faisait ses adieux et l’autre, Aminata, qu’il aimait mais qui le rebutait.

Qu’il porte une valise sur la scène au beau milieu de sa performance, qu’il nous rappelle nos vieilles  inclinations vestimentaires « dénudées », n’en font donc pas un loufoque. Il a juste choisi de s’ajuster moins, de s’accoutrer plus qu’il ne s’habille, de porter des lunettes plus grosses  que celles de l’arrière d’un véhicule, d’avoir une coiffure négligée.  Il lui arrive, dans ses extravagances artistiques, de se « parer » comme un génie (ce qu’il est) amateur de vieilles fripes. Le génie, il est insaisissable. Il ne faut pas croire à sa folie, ni à ce qu’il laisse transparaître. A une de ses soirées à Mbour, nous fûmes surpris d’entendre Souleymane dire ceci à un fane qui voulait se prendre en photo avec lui : « le selfie, ce n’est pas pour les gars qui n’ont pas bonne mine, "soril ko" ». Son image, le « musulmenteur » y tient plus que ses « inconvenances » ne le laissent penser. La polit-il davantage que sa communication osée dans une société du paraître où la différence est la première cause de la marginalisation ? C’est une question qu’il ne se pose peut-être pas mais dont la réponse pourrait faire qu’on entendît moins cette lassante rengaine : « et pourtant, il chante bien ». Nos distingués snobs, autant que la vieille garde qu’il a enchantée, se délecteront davantage de sa merveilleuse musique que de ses « écarts de goût ».

Serigne Dia Bombardier, lutteur
Roi de l’arène, roitelet de la sape
N’allez pas chercher très loin. Le colosse de Mbour vous agace pour deux raisons. Il démythifie vos héros. Bombardier (celui qui lui a soufflé ce pseudonyme n’a pas rendu service) vous a fait découvrir que Tyson tenait beaucoup à son minois et à ses molaires et canines. Que Balla, le chouchou des groupies, fait bombance et s’embourgeoise. Que Modou Lô, on peut le couver comme dans un nichoir bien qu’il apporte de la fraîcheur dans un milieu où Gargantua et Hercule seraient moins tournés en bourrique que célébrés. C’est le gars qui se fait la peau du champion pour se la faire piquer par celui qu’on ne croyait pas pouvoir soulever son veston. Mais le roi des arènes, ancien briseur d’arêtes, contrarie davantage par ses « tenues d’apparat ». Ça effarouche autant que sa malhabile « carcasse ».
On peut se mouvoir comme un bulldozer (nos excuses Monsieur Bulldozer), se coiffer comme un collégien aux narines envahies par la coke (merci Sidy Le Soleil), ressembler au portail d’un bunker et se dire « vraiment, moi là, B52, je vais être plus chirurgical que le bombardier américain au pays d’Aschraf Ghani » ! Ce n’est pas difficile. Héraclès en a fait plus. Le problème est moins dans le croisé, le deux ou six boutons, le cintré ou le droit, il est dans le choix des couleurs, dans la posture, dans cette démarche peu altière (Sur ce point, il peut faire un tour chez son souffre-douleur, Tyson, s’il ne prend ses jambes à son cou). La personnalité que confère un costume est moindre par rapport à celle qu’on veut dégager soi-même. Le diable…le chic plutôt, est dans les détails. Il suffit juste de savoir les assortir pour qu’ils ne s’égarent pas dans un corps à dompter comme on le ferait avec un buffle dans une représentation de danse classique. Le corps en parfaite harmonie avec la mise, le sourire…et la coiffure (les Béguines ont de la marge). Franchement Bomb, même les caricaturistes de Chaka, le Zulu, ont fait mieux que ton coiffeur. Il faut le virer (tu trouveras un job mon gars, il te fait de la mauvaise pub !).
4/10. Au moyen âge, la note aurait certainement été plus à la mesure de ton talent (ou de ta masse) car paraît-il, on aimait ceux qui, quoi qu’ils fissent, laissaient transparaître le burlesque, le mauvais goût. C’était pour se désopiler après avoir trimé. On sait que tu as la carapace dure. Tu t’es fait bastonner par le colosse du Baol cuit depuis dans l’huile de la Suneor (takh ci ripp !).Cela ne t’a pas empêché d’être roi des arènes. Nous comptons sur ton sursaut d’orgueil pour arrêter de prendre l’horreur pour de la grâce.

Palla Mbengue, homme d’affaires
Pâle Mbengue
Un matin (pour faire romantique, c’était le soir), alors que les sénégalais friands de spectacles son et lumière s’extasiaient devant la magnificence de la chorégraphie Goumbé et Ndawrabine (danses lébou pour nos parisianisés), Palla se mit à l’écart. Quelques « copies pissées » le suivirent, sortirent les calepins et les plumes, tendirent les micros et fixèrent les objectifs sur lui (Et il aime ça !). Le patron de « Lébougui voyage » fit une grande révélation : « J’aime les Lébous, c’est ma vie ». Peuh ! Et puis, il pleura si fort qu’on eut cru à un « show d’adieu ». La plus insensible des jouvencelles aurait succombé à son charme -ses sanglots, nous voulions dire- à moins que sa tronche et sa mise ne la désenchantent. Paventinus n’aurait pas aimé qu’il s’acoquine avec ses mômes. Usons d’euphémismes, le « garçon » est émotif. Il pleure comme une madeleine. Avec Palla, ça frime plus que ça ne rime ! Ça lui fera de la peine mais entre « peuples de la mer » (c’est le machin qu’il a dégoté depuis que la lutte ne rapporte plus et que Cheikh Kanté lui a enlevé la sucette), il faut qu’on se dise certaines choses quand même.
La première, c’est que quand on porte un joli costume (encore un euphémisme), on n’est pas obligé de mettre une cravate aussi grosse que l’accordéon de Pablo Moustafa. C’est comme la chienlit des chutes litigieuses de ce qu’on a appelé ici « sport de chez nous ». Ça va dans tous les sens.  On tombe en transe. On crie sa joie. On ressasse sa poisse (ésotérique). On (se) cogne. Et puis, on oublie l’essentiel ; communier avec soi-même en se gaussant du génie ridicule pour rendre grâce au Ciel d’être de l’autre coté de la barrière. On ne s’habille pas pour se couvrir le corps seulement, c’est pour être en harmonie avec celui-ci, dompter ses imperfections et farder ses traits qu’on n’ignore pas qu’ils auraient pu être mieux sculptés par le Seigneur. Il suffit juste de lire le monde plus qu’on ne se regarde le nombril (Contraste saisissant avec les ministres légèrement habillés et Palla paradant, avant-hier, sous ce chaud soleil de la plage de Yarakh où seules ses bottes, « pour étaler sa très grande compassion », semblaient rendre compte du sinistre).
La deuxième chose... Non, arrêtons-nous en là avant que le promoteur de lutte ne déprime dans la solitude de sa chambre. Mais rappelons-lui cette légende de l’antiquité. Dans la mythologie grecque, Athéna écorcha vif Pallas le géant (comme qui dirait…) et fit de sa peau une cuirasse qu’elle revêtit…L’histoire ne dit pas si elle la rendit plus impressionnante. Il arrive que la camelote, dans certaines circonstances, fascine davantage que le luxe (ou de ce que l’on croit en relever). 6/10…pour cette âme sensible que « nous, peuples de la mer, aimons aussi ».



lundi 9 novembre 2015

Célébrités et sape 2

Joe Ouakam, artiste
Hey Joe, c’est joli et ça parle !
Le chic choque ou enchante autant que la loque. L’essentiel est que ça nous parle. Il y a de ces créatures si peu évidentes à percer, aussi malaisées à décrypter que les « délirades » de San Antonio. Elles vous inspirent compassion ou admiration –ou les deux à la fois- selon votre sensibilité. Ces individus (ou individualités) ont ce côté obscur parce qu’engluées dans un personnage (ou démon, et pas celui-là fictif) dont elles ne peuvent se départir. A un moment, face à nos frustrations légitimes (c’est exaspérant de poser des questions sans réponses), nous les nommons « fous du village ». Ils sont ceux que nos vieilles mamans férues de « xawaare » et de goûts extravagants épient pour murmurer « ndeysaan ». Car, il est venu à l’enterrement, au mariage, au baptême, bref, dans nos affligeantes cérémonies (s’il y va), avec ses frusques ; ce qu’il sentait que son corps et son esprit affranchi voulaient enfiler. Ce n’est pas seulement « une révolte contre les usages reçus et les costumes », pour parler comme Louis Maigron, encore moins cette ardente envie d’exister des êtres esclaves de leur égo, Issa Samb, alias Joe Ouakam, est juste différent, pour ne pas nous triturer inutilement les méninges. C’est un grimoire. Autant laisser les sorciers s’en donner à cœur joie.
Cet artiste singulier effraie les mômes avec sa barbe, sa moustache, ses lunettes aussi grosses que des jumelles et ses nippes plus impénétrables qu’un dédale ou les premiers films de son ami d’outre-tombe, Mambety, autant qu’il enchante ceux parmi nous qui « s’éprennent de frivolités » (en attendant la maturation, nos peintres, sculpteurs… et leurs suiveurs devront s’y faire).
Quand Sembène Ousmane montrait la volupté nègre à travers les seins de la négresse dans nombre de ses productions cinématographiques, on s’en offusqua d’abord. Et puis, on célébra son génie, comme on le fit pour le cran de Joseph Gaï Ramaka. Joe Ouakam déroule un film dans lequel, le caprice vestimentaire est permis. C’est sa pagaille, comme celle qu’on trouve dans sa cour. Devrions-nous peut-être nous inspirer de lui ? S’habiller comme nous sommes au-delà de nos asphyxiants préconçus. Que la mini-jupe ne soit plus le truc des libertines par exemple. Il paraît que nos aïeux (les femmes) s’habillaient plus « sexy », plus court que la dame du monument de la renaissance. Quand on laisse la nature, le temps et le libre arbitre faire son œuvre, on se chamaille moins sur des futilités. Le petit voile n’est-il pas passé d’étoffe exclusivement islamique, sous nos cieux « syncrétiques », à effet de mode, de style pour certaines jouvencelles et dames peu dévotes ? (Excusez-nous d’aller dans tous les sens. C’est à l’image de celui dont on est censé parler).

Exceptionnellement, nous ne délivrons pas de note à cette « célébrité ». Elle est à part. Ce sont deux êtres complices : Issa et Joe.

Farba Senghor, PDS
Farba, pas mieux sapé que Ngoutout, la grue !
Dans le malheur, dans la déchéance et la solitude du perdant, on peut compter sur ses vrais amis, sa famille ou sur cet individu labélisé « mascotte » du coin (Bo diaddè premier kogn rek, am na benn waay boufay took). C’est le gars zélé dont on ne se rend compte de l’utilité que quand il ne sera plus là. Il veut continuellement se le prouver, afficher sa toute servitude devant le maître et tous ceux qui le prendraient pour le présomptueux « chambellan » sans grande ambition mais qui, seul dans son dialogue intérieur, essaie de trouver le fil de sa vie, de retrouver l’estime de soi. Notre homme cherchera à mieux paraître, à parodier le maître, à se gargariser de sa proximité avec celui là qui ne s’est jamais demandé ce qu’il représentait. A nos yeux, le chargé de la propagande du Pds (c’est quoi ce machin vieillot !) est un homme d’honneur. Pour les esthètes et autres « minettes étourdies », grandes dames pompeuses et messieurs soigneux aux amours et goûts insolites, Farba (pas l’autre qui berce Prési en criant), c’est juste cet être là qui foule aux pieds l’aura du chic sénégalais (Pardonnez-nous notre chauvinisme, il est parfois exaspérant).
L’ancien ministre sous Wade (ministre, cette tétine qui fait larmoyer les grands « garçons ». Ne pleure pas Moubarak Low !), égaye ou agace par le verbe. C’est selon. Sa mise, moins que sa tronche ramollie par des lunettes-à-verres-correcteurs intello (Ne vous sentez pas offensés, intellectuels pédants), fait également qu’il n’est pas ce « type » qui enchante les cœurs s’abandonnant aux jouissances esthétiques. La mégalomanie de Gorgui Laye, il la parodie en enfilant des costumes dans lesquels un mastodonte  ne se serait pas senti à l’étroit. Les manches tentent désespéramment de s’accointer avec les genoux alors que les revers entonnent un solo de détresse pour avoir été laissés à eux-mêmes. Les chemises, pas plus stylées que celles à rabats des magistrats, se dressent contre la torture sans avoir les moyens de leur politique parce qu’« engoncées » dans une « bâche » (veste si vous voulez) laissant entrevoir une corde traumatisante (vous pouvez aussi appeler ça cravate).
On dit du volailler de Ngoutout, dans nos chaumières, qu’il a la « constance » du jardinier » (plus que celle que nous narre John Le Carré dans son roman du même nom). Les Sénégalais - depuis que nous sommes devenu leur porte-parole - ne s’en offusquent point tant qu’elle traduit l’attachement viscéral à des principes politiques (ou à la figure tutélaire). Mais, il y a parmi eux qui aimeraient vraiment que tu soignes un peu ta mise quoi Farba (On peut te tutoyer, c’est plus fraternel) ! Il y va de ton intérêt. Qui sait ? Peut-être que ça te permettra d’engranger quelques voix pour Karim ou de déboulonner Aliou Ndoye au Plateau (puisque tu refuses de te présenter à Nguéloul). Pour ne pas en rajouter à tes malheurs (il a été délogé par son bailleur), nous te filons la note de 5/10. Mais tu devras suivre les cours de vacance de Serigne, le socialiste.

Coumba Gawlo Seck, musicienne
Coumba, la Grande royale
La grande royale « tient tête » aux hommes à une époque où on leur enlevait les bottes comme on le ferait avec un lutin à la maternelle (Mais il parait qu’il y en a toujours parmi les mâles qui en tirent gloire). Dans la description de Cheikh Hamidou Kane, il y a moins d’ambigüité sur la figure imposante de la bonne dame. Elle n’est pas de ces créatures chauvines attachées aux certitudes légitimatrices des privilèges d’une coterie qui voit, dans toute évolution, la remise en question des valeurs « tribales ». La culture occidentale était, pour cette dame de fer (on appelle ainsi certaines femmes qui ne passent pas tout leur temps à être aux petits soins, à médire, à farder la tronche…) quelque chose à percer pour s’ancrer dans la nôtre. Elle utilisait le tam-tam pour appeler les hommes. Coumba Gawlo Seck les alerte par sa voix…et le tam-tam. Et si Cheikh Hamidou Kane nous présentait en définitive la femme « idéale » voyageant à travers le temps sous plusieurs traits ? Parce que Coumba aussi s’habille royalement comme l’immense oratrice des Diallobé. Coumba, ne nous a-t-elle pas si souvent sublimés par le verbe, plus que beaucoup de nos pies écervelées ? Elle nous apparaît toujours plus éclatante par son port altier, sa posture certaine et commode. Grand yi gno amoul fit rek ! Le message est explicite mais face à des froussards, c’est sans espoir…Bine bine, ma yeur liga yor, sa lii sa lè, Amadou, kouy feugg, elle a tout fait. Elle s’est même une fois rasée pour appâter les poissons approchant le rivage. Les poissons d’eau douce peuvent s’abstenir. Serait-ce Ablaye Seytané, le satan, qui lave l’affront infligé par une impétueuse « gamine » qui osa le tancer ouvertement ?
Allez ! C’était une petite digression pour booster mes « grands » ! En tout cas, Ndiombor est en train de faire des démarches pour son « poupon ». Coumba s’y est même rendue récemment, parée de ses plus beaux atours. Mais ça, ce n’est pas nouveau. L’interprète de Pata pata est incollable dans ce domaine. Elle a la délicatesse, le dandysme des Gawlo et la coquetterie (pas celle là des nouvelles assidues des salons de beauté) sans simagrées, toutefois, de nos cousins gaulois (la caricature est permise là-bas, ici aussi, donc ça peut passer). On a l’impression que tout va avec sa « longiligne carcasse » et cette peau qui n’est pas suppliciée par les produits « toubabisant » sous nos tropiques. Son « éclat impérieux », pour parler comme le « louangeur »  de la Grande royale, traduit davantage sa personnalité que les fringues qu’elle enfile merveilleusement bien. Et si les poupées (bien qu’aguichantes !) s’en inspiraient pour ressembler moins à des « femmes objets ». 9,75/10, sans possibilité de recours devant la Cour suprême pour les êtres soupçonneux !


mercredi 4 novembre 2015

Célébrités et Sape

 Mouhamed Ndao Tyson, lutteur
Tyson, le chic…et le hic
Quand Hercule se  met à vouloir dompter les étoffes, on  rit de sa maladresse. On peut aussi s’ébahir de sa métamorphose. Au début de sa carrière, le colosse avait adopté le « american way of life »…jusque dans son port vestimentaire. Entre temps, il a pris du muscle. Ou de l’embonpoint, c’est selon. Le tombeur de… (de qui encore ?) s’est un tantinet embourgeoisé. Le leader de la génération  « boul falé » ne s’accoutre plus. Il se fringue. Les t-shirts moulants mettant en exergue des muscles saillants, les treillis, c’était avant. Ce n’est pas encore si soigné que Karl Lagerfeld, mais ça passe beaucoup mieux.
Sa généreuse silhouette, contrastant avec les « vieux » dodus de l’arène, à l’époque, en avait fait un bon produit marketing. Qu’il fructifie avec un port altier. Sur ce plan, il se fait taper moins par la jeune garde ! Ces costumes –naturellement sur mesure- mettent en valeur sa carrure imposante. Ils ne sont pas longs. Ni amples. La largeur des épaules et le tour de poitrine ainsi que les manches et parfois la pochette donnent de la personnalité à son style. En boubou traditionnel, ces pantalons, un peu fuselés, lui vont à merveille. Il est à l’arène ce que le borgne est à l’aveugle. Le borgne, certains virages, il les rate aussi ! Le petit fin connaisseur « parisianisé », dédaigneux à souhait à l’égard des nouveaux du gratin peut s’en apercevoir à travers un geste mal inspiré, une posture peu appropriée. Un matin, « mbeurou askan wi » (le lutteur du peuple) met un beau costume à deux boutons, les mains dans les poches laissant transparaître une chemise débraillée. Et paf, « l’intrus » du gratin est démasqué ! Deux fentes latérales auraient pourtant suffi pour en jouir à son aise. C’est un petit exemple. Il y en a d’autres.
Note : 6,5/10. C’est mieux en tout cas que celle qu’on lui aurait collée dans l’arène.

Me Ciré Cledor Ly, avocat
Si peu Ciré, cet avo-cas
Le pauvre Karim Wade doit souffrir le martyre du fond de sa cellule (avec les inondations, Y en a qui ne répugneraient pas à y crécher !). En plus de languir de solitude, il doit supporter la tronche de l’homme à la tignasse drue, à la barbe touffue. Ça ne doit pas être très plaisant pour le « poupon de Gorgui », le seul capable de guider la meute de godillots se planquant dans le nichoir de Njomboor. Ne parlions-nous pas d’étoffes ? Passez-nous cet égarement de l’esprit
Dans la profession, maître Ciré Clédor Ly n’est pas de ceux qu’on qualifie d’avocaillons. C’est même, dit-on, un excellent procédurier. Il a bien empoisonné la vie des « marrons » de la République et d’une bien embêtante cour destinée aux fortunés de la cité. Le néologisme « avoc-haillon » lui irait, cependant, à merveille. Ne vous faites pas du mouron, il ne nous collera pas un procès. Ça le laisse de marbre. C’est comme faire grief à Peter Tosh de sniffer ! Au temple de Thémis, pour parler comme nos amis belges, il mord sur sa chique…moins que sur le chic quand il s’agit de se taper une garde-robe ou d’en jouir. Devrions-nous, peut-être, avec lui, envisager une « cour de répression du supplice de l’iris ». C’est plus relax que l’autre machin. Vous ne trouvez pas ?
Qu’il soit en boubou traditionnel, en costume, tout est de travers avec Ciré. Pourtant son allure svelte, s’il se fait violence, devrait inciter les magistrats à faire focus davantage sur sa plaidoirie que sur son style bizarroïde. James Brown, du temps de ses extravagances de négrillon, de petit parvenu, avait fait mieux. Les pièces à conviction ? Peuh !  De toute façon, on voit moins ce qu’il porte que sa tête. Le pan, les cravates, les chaussures mal assorties, le « sabador » mal boutonné, ses lunettes à verres correcteurs que nous  voudrions qu’il cassât…Tout est fichu. On s’en arrête là. On ne voudrait pas non plus griller toutes nos chances avec sa belle demoiselle qui fait jaillir une lumière tamisée dans un cocon douillet assombri par la « toison » de qui vous savez. L’accusé peut rendre grâce au Ciel d’avoir mis sur le chemin de sa détresse un  juge en état de vulnérabilité. Et pour elle (nous ne la nommerons pas car le «  mauvais œil » nous guette, dixit notre prési !), cette fleur que nous ne voudrions voir faner, le pater familias s’en tire avec la moyenne, 5.5/10. En même temps, c’est difficile de faire pire que le « gars » de Fandène.


Mbagnick Ndiaye, ministre de la culture et de la communication
Aïe Mbagnick, un peu de couture !
Mbagnick toi aussi (on nous interdit le vouvoiement sur cette planète) ! La première de nos dames, pour parler comme Wasis Diop, ne peut pas débarbouiller les « grands garçons » et gratter les casseroles en même temps. Elle est très occupée à distribuer ses jolis sourires par-ci, par-là, par les inaugurations et condoléances, les épaulettes du « successeur de Napoléon », son régime alimentaire (il parait que tonton Macky veut se mettre au foot. Dommage que la gérontocratie roupillant à la Cnri n’adhère pas trop au cumul de fonctions). Mbagnick, allons chez le tailleur ! Mbagnick, va chez le coiffeur (le sien, s’il en a, doit être borgne) ! C’est fini tout ça ! Marême n’a plus le temps de pouponner les « Fatick boys ». Matar, le cadet, se débrouille tout seul maintenant. Mais avec le maire de Ngayokhem, tout est fichu. C’est un tourment que même le fait d’être Sérère (c’est-à-dire un Toucouleur raté ! Ne vous en offusquez pas, nos us et coutumes nous y autorisent) ne saurait justifier.
On peut avoir une calvitie de désargenté des grand places de Dakar, une tronche peu hospitalière et décider de paraître plus smart que d’habitude. C’est simple, ça ne requiert pas une ingéniosité au dessus des minuscules capacités des Sérères ! Un costume, on ne se le couvre pas. On le porte. Le boubou, il peut être grand mais on n’en fait pas un couvre-lit. Il y a des gens qui se plaisent dans le musée de l’horreur ; d’autres dans celui là plus enchanteur où le beau rappelle l’effort de soi. Mbagnick n’en fait pas quand il s’agit de se nipper. Avec lui, la cravate ne pend pas seulement sur la poitrine. Elle s’égare dans le flot de gestes mal inspirés, dans une veste épousant peu le corps. Ses pantalons, plus réussis, répugnent à « s’amouracher » avec des chaussures qui, même dépariées, auraient mieux participé à la mise de notre ministre de la culture et de la communication.
Monsieur Ndef Leng semble se plaire dans ses « loques ». C’est la seule éclaircie dans ce méandre de goûts peu relevés. On ne peut pas reprocher à Joe Ouakam ses folies intermittentes. Il n’aurait pas existé à nos yeux. Mbagnick, son originalité est de ne pas chercher à ressembler à un autre. Il est lui-même, avec ses goûts d’un autre temps. La fonction ministérielle ne l’a pas changé. Et pour cette belle leçon de vie et d’humilité, le Sérère récolte la note de 6/10. Mbagnick, ne te fais pas du mouron, c’est une bonne note ! Demande à tes copains ministres.