lundi 21 décembre 2015

Les confidents de Dieu


Quelques dévots se plaisent à dessiner un monde qui les rendrait eux-mêmes moins sûrs de leurs étranges absurdités (Ici, Dieu a des confidents). Sur cette terre, on s'offre, se soumet pour vivre d’espoirs entretenus par la vénérable personnalité qui n’ouvre la bouche que pour cracher sur des paumes moites et percluses d’admiration et de mysticité monnayée ; celle qui leur donne cette douce illusion de voir au-delà de la munificence de la nature, des étoiles (qu’ils sont les seuls à voir scintiller !), de pouvoir s’abstenir de « vivre ». Car ce monde admettant la souillure est indigne d’eux pour qu’ils en jouissent ! Il faut le regarder avec dédain ; ceux qui s’en entichent, avec plus de mépris encore. Ils finissent par devenir asociaux. Le géniteur devient, pour le rejeton subjugué par le discours mystificateur,  « cet homme qui n’a rien compris » au sens de nos petites existences. Il l’imagine dans le supplice de l’enfer. A moins que le confident du Seigneur, l’intercesseur auprès de celui-ci, messie de quelques impies et autres libertins, veuille bien leur savoir bon gré de leurs descendances.
A suivre...

jeudi 26 novembre 2015

Plan Sénégal émergent : Ndongo Samba Sylla décèle quelques failles

Ndongo Samba Sylla entouré de Mme Sonko et de  M. Thierno Diop.
L’émergence économique, expliquée dans le contexte sénégalais, a forcément des relents politiques, des analyses qui transcendent parfois les idéologies et les approches techniques. Elle implique, de la part des gouvernants et des intellectuels, de l’accommoder aux réalités des peuples d’Afrique. Elle exige, au risque de paraître libertaire, une déconstruction des concepts qui nous sont venus d’ailleurs. C’est toute la substance des idées émises par l’économiste Ndongo Samba Sylla, invité hier, au carrefour d’actualité du Centre d’études des sciences et techniques de l’information.
L’Afrique et les pays dits sous-développés ne sont pas tenus de s’approprier des concepts dont ils ne sont pas les auteurs. La bonne gouvernance, « un fourre-tout », selon le conférencier, doit être explicitée, repensée, si elle ne disparaît de l'imagerie collective passive, pour qu’elle ne soit plus une épée de Damoclès  sur la tête des pays du tiers-monde. Le vice champion du monde de scrabble ne s’enthousiasme pas outre mesure face à un « Plan Sénégal émergent incohérent et peu ambitieux » écrit par des mains étrangères gracieusement rémunérées.

lundi 16 novembre 2015

Les nouveaux polichinelles de la sape


Quand le coureur de jupons drague une crédule demoiselle, il lui chuchote qu’elle est plus torride que Rihanna, plus pimpante que Beyonce. Ou pour faire local, sa tronche mieux « sculptée » par le Seigneur que celle de Vivi ex Ndour, sa silhouette plus fine que celle de Coumba Gawlo, ses formes plus généreuses que celles d’Arame Thioye, la poitrine plus… (Tout doux, on est dans un pays de croyants). C’est un jeu de dupe et de pipeau. Mais en voulant  abusivement jouer avec les flammes de la pulsion, de l’impulsion, on finit souvent dans « des couvertures en bandes de coton, sur une claie de jonc tissé et consolidé par des lattes » (Abdoulaye Sadji, Tounka). N’galka Guèye, illustre descendant d’une légendaire famille, « merveilleux pêcheur et lutteur grandiose », subit ce triste sort. N’galka disait prétentieusement ceci : « Moi, me marier sur la terre ferme, avec une fille des hommes ? Mon épouse viendra de la mer, je veux des enfants qui ajoutent à ma science l’hérédité supérieure des maîtres de la mer ». Cela le perdit.  Yves Niang aussi avait présomptueusement dit être le plus « branché » des chanteurs de la banlieue, le mieux habillé. Parfois, les subtilités de la langue wolof ou française peuvent nous faire énoncer des choses qui trahissent nos pensées. Le gars voulait certainement dire « mieux accoutré ». Le problème, c’est qu’il croit pouvoir enfiler le « pyjama » mieux que Michael Jackson qui ne faisait que ça dans la vie.
A trop convoiter les étoiles sans savoir à quoi elles ressemblent, on ramasse au bout de la nuit, un cône, une coquille ou peut-être la fortune sans savoir quoi en faire. La nouvelle vague d’artistes-chanteurs (et parfois certaines « anciennes gloires ». Gorgui Ndiaye par exemple se déguise comme un adolescent qui vient de s’affranchir de la tutelle parentale), s’entiche du ridicule pour nous apparaître plus niaise que ne le laissent penser les thèmes abordés dans leurs chansons.  Leurs vidéos sont devenues des plateaux d’exhibition du burlesque. Le caprice vestimentaire de l’artiste est permis quand il nous parle, quand il a une valeur symbolique au-delà des « amusantes » et insolites tendances de la mode dont Waly et ses « coreligionnaires » sont épris. Sous d’autres cieux, on doit certainement se moquer du nègre qui singe comme on railla Battling Siki du temps de ses extravagances de nouveau rupin parmi les Toubabs. Ici, c’est notre champion. C’est toujours Mbarick Fall. Pour eux, c’était juste un drôle de personnage qui suscita leur curiosité. Une brute qui aimait leurs insignifiantes choses, qui les amusait comme un chimpanzé jouant au dandy. Finalement,  ils n’étaient subjugués  que par le boxeur à la poigne ravageuse. Leur « plagiaire » les égayait tout au plus.

Ne tenez pas trop compte de ce que vous venez de lire. C’est un pathétique et aigri has been qui se lâche sur des  « gamins » choyés et friqués qui sortent avec de tentantes nanas qu’il ne voit qu’à la télé. Tenez bon. Quelques surexcités groupies du pays que chantait Mbissane Ngom vous témoignent admiration ! C’est largement suffisant ! Vous n’avez que faire d’une carrière internationale comme Ismael Lô, Baaba Maal et autres…C’est la vieille garde ça !

samedi 14 novembre 2015

Célébrités et sape

Ibrahima Sène, PIT
Ibrahima, comme sur une « Sène » !
Macky, nous l’aimons bien, mais parfois, il retombe dans la munificence légendaire de son vieux mentor (même s’il s’est pris d’affection maintenant pour la vieille garde râleuse). Avec un peu d’inspiration, il aurait compris que quelques chemises bien repassées et pantalons plus plaisants à zieuter que ceux des gardiens de troupeaux aux Etats-Unis, les cow-boys, suffiraient à combler de bonheur le colosse à la voix rocailleuse du Parti de l’inélégance et du toc(Pit). Mais, prési a préféré le nommer à la tête de la société des mines de fer du Sénégal oriental (Miferso). Il y a un sérieux problème dans ce parti de gauche (c’est une inspiration divine, c’est carrément gauche). On se coltine pendant des années le vieux Dansokho (merci, nos oreilles bourdonnent un peu moins) que seuls quelques plaisantins et nostalgiques de Majhemout Diop écoutaient. Ensuite, on nous sort Maguette Thiam (qui ne parle pas plus fort que nos khalifes généraux) pour nous rappeler les vieilles frusques que chantait Doudou Sow. L’autre, bâti à chaux et à sable, et un peu plus jeune, n’est pas mieux loti. Il paraît que sa ravissante fille, Lena, s’effarouchait à sa vue (c’est pourquoi, elle serait repartie après avoir joué à la mascotte pour Ndaamal Kajoor). C’est une chose qu’il peut éviter hein ! Il suffit juste de s’habiller plus qu’il ne s’accoutre.
Ibrahima Sène est natif de Saint-Louis. Il a aussi, paraît-il,  tâté le micro pour quelques notes de salsa au lycée (ne vous moquez pas). Les salseros et les ndar-ndar, on nous le rabâche souvent, sont des gens raffinés. Comment alors le colosse a pu dévier de ce chemin ? Staline s’habillait mal (en même temps, avec sa taille de nabot…). Mao se cachait derrière sa révolution culturelle, on peut lui pardonner la variante du costume Zhongshan. Toutefois, il ne faut pas abuser de la parodie jusqu’à « l’auto flagellation », cher Ibou.

Crédules mômes, quand nous regardions le clip d’Ismael Lo, « Dibi dibi rek », nous éprouvions de la commisération pour cette femme qui parcourait le désert. Nous avions peur qu’elle meure de soif et de faim. Aujourd’hui, devenus de grands garçons, nous nous extasions sur sa beauté aguichante, sur sa mise sauvage qui ne l’enlaidit point. Passez-moi ce délire. Ibrahima Sène, pour nous, alors fougueux adolescents, c’était cette plume acerbe et noble sur laquelle nous n’arrivions pas à poser un visage. Nous aurions aimé ne pas percer le mystère. Ne perdons pas du temps à lui dire qu’il doit adopter un nouveau style, qu’il doit mieux s’habiller, raser la barbe un peu plus souvent. Il ne le fera pas. Filons-lui un 5/10. Ce, pour lui donner une petite chance au prochain renouvellement du Pit (c’est trop dire, vous avez raison). Il parait que Maguette veut débarrasser le plancher (yagu fi, yaxu fi, toju fi, il est mort).

Aida Samb, musicienne
Aida fait sa mue
La petite fille du grand Samba Diabaré, Aida Samb, disait sur un plateau de télévision, au début de sa « fulgurance », qu’elle n’était pas à l’aise dans son déguisement (ce n’est pas péjoratif chers amis, l’artiste, si ce n’est trop dire, se déguise), qu’elle se sentait un peu à l’étroit. Elle aurait même pleuré.  Aida était (ou est) prude. Mais, son staff voulait qu’elle parût moins « ringarde », moins bégueule. L’interprète de « Saraba » finit par s’y plaire. Elle troqua marinière et autres de chez nous pour des tenues beaucoup plus « toubab ». Depuis, nos dévots regarderaient moins ses clips. Ils  en parlent tout de même (ils ont vu de loin quoi !). Et puis franchement, « messieurs exaltés confidents de Dieu », il y a pire comme « exubérance diabolique » au pays de la Terang ! Entre « Saraba et « Lula nex »,  Aida passe de petite fille presque pudibonde à aguichante musicienne à la silhouette affinée, drapée de « coupons » tout aussi agressifs. Elle en a fait écarquiller des yeux même si Aida, on le sait tous, ne sera pas dauphine de miss Ambroise Gomis. Sénégal, nous voulions dire.
Omar Ndao (paix à son âme) nous a laissé une leçon de vie qui, à première lecture, semble même parfois grivoise pour les esprits bornés, étroits. Il disait (et mieux que nous nous employons à le faire en ce moment) que quelque part dans le monde, on ne nettoie que les mains après avoir « arrosé » la pissotière. Ici, beaucoup d’entre nous se limitent à laver le sexe. L’idéal serait qu’on se « rince » à la fois les indociles organes et les mains qui caressent, saluent, étreignent, nourrissent... C’est un échange. Il n’est pas question de singer. Il faut trouver cet équilibre qui fait qu’on reste soi-même tout en ne répugnant pas à emprunter à l’autre ce dont dame nature, dans sa partiale générosité , ne nous a pas gratifiés. Aida est devenue plus éclatante, plus sexy et certainement plus courtisée que jamais par les dons Juans de ndakaaru et s’habille plus court (vous ne trouvez pas que c’est plus mignon que la « toile » qui couvre le visage et tout le corps de certaines dames sous un soleil de plomb, et ramasse les souillures de nos insalubres rues ?). Mais sa mue est tellement brusque qu’elle relève presque du burlesque. Louis Maigron semblait excuser l’artiste (on a du mal à nommer ainsi certains de nos musiciens) de suivre à peu près son caprice vestimentaire dans une certaine époque. Toutefois, il est de bon ton pour un « produit à exhiber » de se donner une image de marque au-delà de ses prédispositions naturelles et des « épidémies de mode ». Aida nous enchanterait davantage. Mais, tu es encore jeune, lula nex nex nañu, baca kanam ! C’est lassant de traduire à chaque fois. Demandez au gars toujours bien sapé et sans un sou qui attend toujours que vous finissiez de lire pour vous piquer votre « Soleil ». Il est en train de zyeuter, faites gaffe.

Souleymane Ndèné Ndiaye, homme politique
Ndéné, nini
Avec  Wade en 2012, Ndéné, le directeur de campagne, est noyé par la déferlante vague marron, quelques indestructibles faire-valoir et  jeunes fougueux (peut-être là un euphémisme). Il se rebiffe et se présente aux locales, à Kaolack. Guinguineo devenait trop étroit pour lui. Il mordit la poussière. Comble d’infortune, le parti démocratique sénégalais n’en a pas voulu pour le rendez-vous de 2017. Il crée l’Union nationale pour le peuple (On nous l’a soufflé ! on n’est pas obligé de se les mettre tous dans la caboche, ces 200 partis et des poussières !) qui ne décolle toujours pas. Heureusement, Jules peut  tirer orgueil de sa garde-robe en se calfeutrant dans son dressing pour retrouver le béguin, la flamme. Faudrait-il juste qu’il en jouisse convenablement.
On a envie de demander au dernier premier ministre de Gorgui ceci : what is the problem ? Encore qu’il n’a pas « une poitrine de moineau, des épaules peu fournies, de petits bras arqués recouverts d’une peau molle et grasse…des jambes de bancal » comme Diouldé (Tierno Monénembo, crapauds-brousse). Il lui faut juste un style surfant entre le chic de Madické Niang et le soft de Moustapha Mamba Guirassy (la craie oblige). Mais quand on veut aligner le chic et le « casual », il faut s’y prendre tout doux. Ça peut être moins allusif que les anamnèses de Roland Barthes.  Une petite casquette Nike, Adidas, Puma –ou que sais-je-  assortie à une veste qui ne sied guère, ça saute aux yeux du plus malhabile monstre de la nippe. Et pour un « gars » attaché à son « rang aristocratique», ça peut faire tilt.
Mais n’allons pas lui faire boire le bouillon si goulûment. Il y en a de ces choses qui lui vont à merveille et qui font ressortir ses traits physiques que pourrait lui envier un autre ténor du barreau si « tendre » avec Souleymane ! Les costumes au fond rayé avec des manches et revers fignolés ou encore les boubous traditionnels agrémentent sa belle silhouette. Et puis franchement, il n’y a pas à se faire du mouron quoi. Le chic choque ou enchante autant que la loque. Du moment qu’il nous parle… Si vous ne le blairez pas, reconnaissez quand même que ses lunettes à verres correcteurs-si elles corrigent- donnent plus de somptuosité à son allure.
Pour entretenir un rêve, celui là présidentiel, nous lui filons la note de 6,75/10. En espérant que son « sang royal » ne se muera pas en « sang d’encre ».

Les petits "cinémas" de quartier font de la resistance

Pour certains, regarder un film, confortablement vautrés dans la bergère de leur salon, relève de la banalité. D’autres, pour jouir de ce plaisir, avec beaucoup moins de confort,  doivent investir les minuscules « cinémas » de quartier nichés dans des locaux qui ont plus l’aspect d’une remise, d’un garage que d’un lieu de détente.
A l’intérieur de ce carré chaud certainement prédestiné au garage,  il fait sombre. Un bon arôme ne s’y dégage pas. Les bancs ne sont pas confortables. Le ventilateur participe juste à l’affreux décor. Il ne rafraîchit plus. Le rideau aussi est malpropre. Pour un rendez-vous galant, on n’y  songerait certainement pas. Malgré tout, des  gens trouvent, dans cette atmosphère peu enviable, le bonheur ; celui de regarder un film avec des amis, des inconnus. Dans le populeux quartier de Grand Yoff, A. D. gère ce « petit cinéma » depuis trois mois en l’absence du propriétaire. Il ne s’en sort pas mal car « j’arrive à récolter entre 6000 et 7000 francs par jour et à m’acquitter de mes factures d’électricité à hauteur de 25000 francs en moyenne par mois », murmure-t-il, le sourire crispé. Ici, l’envahissante technologie ne menace pas encore les affaires !
Sur une affichette, il est indiqué le programme du jour. A 18 heures, les cinéphiles de « l’indigénat » ont droit à un film hindou, « Zanjeer ». Il leur faut débourser 100 francs, 50 de moins s’il s’agit d’un film « américain », généralement moins long. Les enfants du quartier et quelques badauds en raffolent. Des adultes désireux de « tromper le temps aussi », précise A. D., très prudent quand il s’agit de parler de l’impact de ses films sur la scolarité des enfants. Adolphe Gomis, lycéen et parmi ses plus fidèles clients, le tire d’embarras : « Cela ne constitue en rien un obstacle pour mes études. Mes camarades et moi ne venons ici que le samedi et le dimanche ou pendant les vacances. Nous n’avons pas les chaînes diffusant ces films ».
A côté de lui, des « mômes », sans doute moins avertis, font une partie de baby-foot. Le gérant ne s’en émeut point. Encore moins de leurs cris et de leurs fréquentes empoignades. Sa besace le préoccupe davantage. « Leurs parents ne m’ont jamais fait de reproches. Il y a pire comme loisir pour un enfant ». C’est certainement moins dangereux que jouer au « petit camp » sur une route bitumée comme il est « permis » dans ce quartier aux rues encombrées de détritus, de petits commerces, de mécaniciens… Se sont-ils au moins intéressés aux contenus des films proposés à leurs rejetons ? Sous le couvert de l’anonymat, cette mère de famille avoue n’y avoir jamais pensé. Le « tenancier » se prévaut de sa moralité. La pornographie ? « Que Dieu m’en préserve », s’écrie-t-il, incommodé.
Film hindou 100 francs, américain 50
Ailleurs, à Yeumbeul, autre quartier de Dakar fourmillant de monde, de petits métiers, de vies, Lamine Fall tient un « petit cinéma » dans un garage près de la station-service de Darou Salam. Ici, viennent glander quelques talibés. Ils y laissent leur obole pour noyer leur infortune. Mais Lamine, au verbe beau et plutôt enthousiaste et dégourdi, jure leur en faire cadeau souvent. Ces mendiants fréquentent les lieux le jeudi et le vendredi. Un rideau noir sépare le « petit cinéma » à l’intérieur duquel sont dressés des bancs, et la salle de jeux équipée de cinq playstations. Un téléviseur est perché sur un support métallique. Il y règne un silence de cathédrale. Les yeux sont rivés sur le petit écran. « L’écran géant est tombé en panne », informe M. Fall. Celui du Centre communautaire « Galle nanondiral », se trouvant à quelques encablures de là, lui, n’en est pas affecté.
Ce centre, disposant d’une bibliothèque, d’une salle informatique, d’une école, d’un terrain de basket…, est créé, en 1986, par l’église évangélique luthérienne du Sénégal. Il offre relativement un meilleur confort tout en appliquant les mêmes tarifs. On n’y projette des films que durant le mois de ramadan ou pendant la trêve des championnats européens de football préférés au septième art. La clientèle est principalement constituée de « talibés » et de jeunes de Yeumbeul. Les revenus sont, aujourd’hui, moins importants à cause des « petits cinémas de quartier » et surtout de la prolifération des branchements clandestins, même si « la vocation du centre est plutôt sociale », indique Mouhamadou Wone, gérant de la salle de projection depuis 1998.

A Dakar, il faudrait peut-être commencer à s’intéresser aux petits plaisirs des « petites gens ». Les disparités sociales ne résident pas seulement dans l’aisance choquante des uns et la promiscuité ambiante chez les autres. Il est dans ce que les uns et les autres s’inventent comme passions, comme vies. Le loisir a une géographie. Il relève davantage des conditions sociales que des sensibilités culturelles. Aujourd’hui plus qu’hier.

jeudi 12 novembre 2015

Mamadou Mbaye Garmi : la mémoire sociale du Sénégal


Quand ses petits camarades de jeu imitaient les stars du football, d’autres celles du cinéma, Mamadou Mbaye, lui, mimait le geste enjolivé, le pas majestueux et le verbe transcendant des grands griots qui apaisent les esprits et conquièrent les cœurs de pierre et d’or. Il tire parti de son talent en se forgeant une personnalité aux traits enchanteurs, en se traçant une ligne de conduite qu’il s’échine à suivre. L’animateur de l’émission « les mémoires du Sénégal », ce n’est pas seulement cet homme qui éveille et égaye ses congénères ou loue le bienfaiteur. Il est aussi coloré qu’imbu de vertus. La vieille garde ne l’a-t-il pas surnommé « garmi », celui-là dont on dit qu’il est noble sous nos cieux ?

Allo ! Je termine ma toilette et puis je suis à vous ! Cela a pris un peu de temps. On a compris ensuite la raison quand on l’a vu. Il en imposait dans son grand boubou bleu assorti à des chaussures de même couleur et au bonnet doré qui rendait la garniture plus harmonieuse. Dans son cocon douillet, Mamadou se  « désencombre » soigneusement et très vite de son froufrou jeté sur un des fauteuils de son salon. Mais il a gardé tout l’éclat d’un griot de sa trempe. Comme on l’entend sur les ondes. Comme on le voit à l’écran.
Si on devait classer les griots, Garmi serait de la catégorie des moralistes au verbe beau et plaisant. Ne les appelle-t-on pas sous d’autres cieux « antidotes des forces du mal » ? Ici, comme ailleurs, ils revigorent le plus engourdi des hommes. Pour y arriver, Mamadou Mbaye ne cite pas Nietzsche, comme le ferait le philosophe, ou comme s’y plairait  l’homme de lettres, Molière. Il puise dans le fonds culturel et traditionnel sénégalais pour donner vie et sens aux choses, légitimer un statut ou ses propres dires souvent entrecoupés par des « tics » devenus des marques déposées ; celles-là qui ont fait tilt dans les chaumières férues de « petites » manières. Na biir, eh Mbaye, c’est comme de douces rengaines qui l’inspirent. Il est stylé. Il fait rire et réfléchir.
Ni cancre, ni génie,  chasseur de laax
Mamadou Mbaye est né à Niarry Tally, « quartier de beaucoup de nobles de ce pays », comme il aime à le ressasser. Il tire aussi gloire d’être baptisé, comme tous les mômes de sa génération, par Imam Dramé enterré dans l’enceinte de la mosquée de Niarry Tally sur instruction du président Abdou Diouf. A l’époque, tous les notables  adressaient des vœux au Seigneur dans un verre d’eau que le nouveau-né devait « s’abreuver ». Serait-ce là le secret de son succès ? « Masha Allah », marmonne-t-il, sourire aux lèvres, en guise de réponse.
Son enfance fut à la fois joyeuse et parsemée d’embûches. Mais rien, même après deux échecs au concours d’entrée en sixième, ne pouvait entamer le moral et la ténacité du besogneux garçon couvé par une grand-mère paternelle, Arame Ndao Guèye et son époux El hadj Atou Guèye,  « le bienfaiteur des bonnes gens, de sa caste et des miséreux », se rappelle l’ancien « potache » de l’école Biscuiterie, fier. Fierté qui illumine son visage quand il raconte cette anecdote comme pour dire au monde que son statut de communicateur traditionnel n’est pas usurpé bien que ses géniteurs, une discrète ménagère et un maître-tailleur des « gens distingués », n’aient pas pratiqué le milieu. Laissons-le plutôt dérouler. Il le fait si bien : « ma grand-mère, Arame Ndao Guèye, était une grande griotte. C’est elle qui faisait la cuisine lors des cérémonies. A la récréation, avec quelques camarades, je la retrouvais pour me délecter du laax (bouillie) dans une louche. A l’heure du déjeuner, elle me mettait du riz dans un pot de tomate ou sur un couvercle. Je commençais alors à déambuler dans la cour comme tout bon griot au contact des grandes personnes ». La flamme le dévore.
El hadj Mansour, ce mentor
Le virus a atteint le corps et l’esprit. Mais le jeune Mamadou doit se trouver une voie. Le pater ne veut pas qu’il soit couturier comme lui. Il embrasse le métier de ferronnier qui lui a permis de « fonder une famille, de baptiser certains de mes enfants », révèle-t-il, si souvent heureux de passer devant ses œuvres. Toutefois, cette envie viscérale de ressembler à certaines gens raffinées aux boubous bien empesés, à la fragrance envoûtante, aux « phrasés » exquis, demeure dans un coin de la tête de Mamadou devenu coquet adulte.  « J’étais si pénétré de ces valeurs esthétiques, de ces manières raffinées, que je guettais, tous les jours, El hadj Mansour Mbaye qui n’habitait pas loin de chez moi, pour l’apercevoir avec sa mise soignée ».
Môme, il joue ailier pour voir de plus près celui qu’il appelle affectueusement « gardien du temple ». La nuit, celui qui se fera appeler, plus tard, griot du troisième millénaire, se laisse bercer par les émissions de son mentor, par les notes des « ndaanaan » qu’il « distillait mieux que quiconque dans sa tranche horaire », détaille-t-il pour montrer son attachement et témoigner sa gratitude à la figure tutélaire des communicateurs traditionnels. Celle-ci le lui rend bien en l’associant à toutes les prises de décision dans leur « coterie » et en lui prodiguant de sages conseils. L’affection qu’il voue au défunt Abdoulaye Nar Samb, une autre personnalité colorée des porteurs de nouvelles, est également profonde. Ces références, il ne les parodie pas. Elles l’inspirent. Son parcours, presque similaire, sous plusieurs aspects, à ceux de ces éminences du monde des griots en est une illustration achevée.
Une percée fulgurante
Comme ses devanciers, Mamadou Mbaye n’est pas allé chercher la radio. Celle-ci l’a trouvé. Son éloquence et ses persuasives harangues l’en prédisposaient. Le hasard, s’il existe, l’a mené vers des hommes de médias qui l’ont choyé et fait découvrir aux Sénégalais. Le visage illuminé, Garmi relate cette fortune comme s’il venait de la vivre. C’était en 2000, mais il n’a rien oublié : « Alors que j’étais tiraillé entre ma passion du micro, du discours qui galvanise et l’atelier de métallerie dont il fallait m’occuper, Lamine Nar Tafsir Khaya me proposa de venir travailler à la radio. Je n’y avais pas prêté une importance particulière mais lui y tenait. Il me mit en rapport avec le directeur de la radio 7 Fm, Adama Sow, qui tomba sous le charme de ma voix. J’y rejoignis El hadj Thierno Ndiaye et Ibra Ndiaye Niokhobaye pour animer l’émission de lutte Penc Lamb ji ». La suite a été comme sur des roulettes, majestueuse.
Après la rupture entre les promoteurs de 7 Fm, Youssou Ndour, « cette noble créature » que Garmi se plait à rappeler la grandeur d’âme, la générosité et la modestie, le reprend de « sa propre initiative et sans intermédiaire cette fois-ci», s’honore- t-il, à la nouvelle radio qu’il venait de lancer, Sport Fm. Il en a été ainsi quand le chanteur a créé le Groupe futurs médias. Aujourd’hui, auditeurs et téléspectateurs savourent sa maîtrise du legs des aïeux et sa maestria.
La politique, ce bourbier de mes amis
Ce monogame qui raffole de « ceebu jën » autant qu’il abhorre ceux qui ne peuvent pas garder un secret ou qui dénigrent le moins offrant, s’est un peu essayé à la politique. Il « chauffait » le micro central lors des manifestations du Parti socialiste. Depuis, il voue une admiration particulière au défunt patron des jeunes socialistes, Pape Babacar Mbaye. « Quand le président Abdou Diouf à qui j’ai récemment rendu hommage les recevait, j’étais toujours présent », se souvient-il. Aujourd’hui, il a pris un peu de distance mais garde de solides attaches dans le paysage politique en général. « Je suis républicain », tranche-t-il. Qu’en est-il de sa relation avec le premier des républicains ? Son compagnonnage avec mon ami Youssou Ndour me ravit. J’estime son excellence Macky Sall  et il me le rend bien », se contente-t-il de dire. Avec Abdoulaye Wade et l’ancien président du sénat, les rapports ont été tout aussi cordiaux. Le leader de Bokk guis guis l’a envoyé aux lieux saints de l’Islam.  

Cette âme sensible qui n’aime pas regarder les films au risque de « se transformer en acteur » prépare un livre qui retrace le parcours de certaines grandes figures sénégalaises. Ne dit-on pas si fréquemment que les griots sont des courroies de transmission, la mémoire sociale du groupe ? Sa mémoire d’éléphant, elle, lui rappelle ce jour heureux où il a croisé, à la Mecque, sa fille, son gendre et son petit-fils. Le malheur n’est pas dans son jargon. Il préfère parler de ce qui fait vivre, l’espoir. Pour sa progéniture, son rêve, est qu’elle soit en mesure de reprendre le flambeau, celui-là de la dignité, de l’honneur. Qu’elle ait moins de prestance ne l’effraie guère. Qu’elle répète moins des « eh Mbaye » à tout bout de…ravissement et d’ébahissement, non plus. « L’essentiel est qu’elle épouse les valeurs essentielles », les siennes, voulait-il certainement dire, par pure modestie. 

Spectacle de fin de stage international de danse. Les bonnes graines sortent des sables

L’Ecole des Sables a organisé, ce mardi, à Toubab Dialaw, son spectacle de fin de stage professionnel international des danses  d’Afrique et de sa Diaspora. Cette représentation, sous la direction artistique de Patrick Acogny, a mis en vedette trente cinq danseurs professionnels des cinq continents après un stage. Ils ont mis leur génie au service d’une idée porteuse qui prend en charge les aspirations de l’humanité à travers l’expression corporelle. Le thème, « danses noires, entre engagement et résistance », est, dans ce sens, assez explicite et épouse la généreuse ambition de Germaine Acogny pour l’Afrique et le monde.

Une minute de silence à la mémoire de celui dont la baguette inspirait les corps, Doudou Ndiaye Rose. C’est la seule fois où les visages ont paru attristés. Par la suite,  le souvenir affligeant s’est noyé dans le ravissement ; celui de voir le corps gémir, s’engager, résister, crier ses peines, haines et déveines, ses folles amours et créer avec l’autre une alchimie que le vocabulaire humain ne peut exprimer. Trente cinq jeunes se sont mis à dire à l’humanité, à travers un langage poétique exquis magistralement conçu d’abord par l’Espagnole Aida Colmenero Diaz, que le mouvement ne dépend guère de l’environnement sonore. L’expression corporelle, si elle n’est déjà cadence, se libère du diktat du rythme. Le tam-tam, dans son « boucan » de fureur, de joie, assourdit moins qu’il n’apaise pour faire voyager le spectateur dans un monde où on bouge mieux. Le feulement du tigre, comme s’y sont essayées ces graines du pas enchanteur, n’effraie pas. Il témoigne du potentiel harmonique des choses et des êtres qui nous entourent.
L’hystérie du loup solitaire ou de la meute peut égayer autant qu’elle agace. Cela dépend de la sensibilité de qui les épie. Le « sabar » ne les détourne pas de leur proie désarmée et déconcertée par les prouesses du corps et du chorégraphe ivoirien Saky Tchébé Bertand. Le phrasé est régulier. Les fluctuations sont exécutées avec amplitude. De temps en temps, la musique trimbale les pas qui s’envolent dans un univers incertain ou déchirent le sol d’une Afrique résistante, d’une humanité porteuse d’un idéal, d’un engagement. Le directeur artistique, Patrick Acogny, éclairé par le douloureux passé des siens, ne parle-t-il pas subtilement de « dialogues triangulaires entre danses d’Afrique, de la diaspora noire, d’Europe et d’Amérique » ? Il fut un sombre âge où la référence à cette figure géométrique était malheureuse, où la danse exprimait l’attachement à des valeurs d’un terroir perdu. Sur la scène, les pieds ébauchent un monde apaisé, les mains un univers en communion. Celles du public applaudissent. Il a fallu parfois qu’on le tempère.
Le corps, un espace de résistance
Le burlesque et la brusquerie ne traduisent pas la haine. Ils témoignent des différences qu’il faut percer pour s’imprégner davantage de son être. On nomme les choses d’une voix déterminée, comme on crierait son infortune et sa délivrance, pour enfin  laisser le soin à la « carcasse » de la montrer : « j’ai de petits seins, j’ai un grand cœur ». L’être et le paraître s’imbriquent. Qui saurait mieux le rendre que ses 35 jeunes corps ruisselant de sueur devant la figure tutélaire, Germaine Acogny ? Le spectacle l’éventa davantage que l’éventail dont elle s’enticha durant toute la représentation.
L’insolite se mêle à l’absurde pour qui ne comprend pas le langage des signes accompagnant les pas parfois « soulagés » par la caverneuse voix d’une danseuse. On sent la respiration de son voisin. Elle berce les spectateurs et s’en va vers le verdoyant paysage faisant face à la scène. La chorégraphe,  Chantal Loïal, fait  « tourner le public  en bourrique ». Le rythme est imprimé par les envies et « parfois c’est bon ou c’est pas bon ». L’assistance résiste davantage aux battements de « sabar » qu’aux allusions comiques, quelquefois ironiques des danseurs. Elle exulte. Elle en a eu pour sa patience quand H. Patten, chorégraphe jamaïcain, a savouré « la victoire sur l’oppression » pour entrevoir le futur ; celui là qui enrichit le langage de l’expression corporelle. Le reggae, il ne se danse pas seulement avec des dreadlocks ou en bondissant. Le contraste sur la scène est saisissant. Il est sublime.

La dernière pièce, sortie de l’inspiration de la sénégalaise Ramatoulaye Sarr, met en scène une ronde au milieu de laquelle se succèdent les danseurs assis sur des tabourets pour offrir au public autre délire que « raas », ceebu jën, na goore» (danses sénégalaises). Les performances sont aussi variées que les nationalités des stagiaires. Ne parle-t-on pas ici de « déconstruction des danses patrimoniales africaines ». L’Ecole des sables ne s’est pas limitée à déconstruire, elle a donné sens à ce qui paraissait anodin à nos yeux, à nos rapports avec les symboles, les coutumes, les croyances. Celles là qui disaient que le ciel boudait face aux rythmes électrisés du tam-tam sont mises en doute. Le ciel s’est extasié en ouvrant ses « vannes » après jouissance des notes de « sabar ». Il a rendu grâce à Germaine. Elle ne convoite pas les honneurs. Mais la nation serait très inspirée de les lui rendre.