jeudi 11 février 2016

Nos chers goorjigeen


Quand je n’étais encore qu’un môme aimant s’acoquiner avec les malfamés individus, il m’arrivait de voir des choses peu ordinaires. Il y avait parmi eux, un jeune « gars » qui se rengorgeait de ses étrangetés (ou déviances pour faire genre) pour nous impressionner : manger un chat  par exemple (là où nous étions, on ne s’en nourrissait pas). Plus on semblait s’émouvoir de sa singularité, davantage il nous en mettait plein la vue. Un jour, on me raconta que le cocasse personnage « fricota » avec une bourrique (pour satisfaire sa libido ?) devant un parterre de curieux. Cela fit le tour de quelques chaumières. Certains n’y crurent point. Il parait qu’il a reçu quelques baffes des contristées mains de sa génitrice.
Pour convaincre les sceptiques, il reprit son infamante scène de petites mœurs. Est-il un zoophile ? Un simple maniaque instinctif ? Un petit inconscient en mal d’attention ? Je ne l’ai plus revu depuis cet épisode. J’étais parti sous d’autres cieux.  Mais, me dit-on, c’est un homme respectable aujourd’hui avec,  comme on se plait à concevoir l’épanouissement, une épouse et des enfants. C’est un rescapé pour parler de manière triviale. Ne le sommes-nous pas tous d’ailleurs ? Les irrépressibles envies ne sont pas forcément celles-là communes qu’on découvre par soi-même. Elles sont parfois suscitées par l’autre…à la même conformation des organes génitaux. Certains s’y attacheront. D’autres s’en détourneront. Cet autre n’est pas toujours cet être venu d’ailleurs aux antipodes de nos valeurs…sexuelles ! C’est un oncle, le copain de papa, l’amie de maman, la tante…Le « mal » est ici. Il est en nous. Des marches de désapprobation ne feront que l’enfouir au tréfonds des désirs opprimés. On ne criminalise pas des inclinations naturelles. On les encadre pour préserver les âmes insouciantes dans nos internats, dans nos couvents, dans nos écoles coraniques etc.
Les mâles chiqués aux phrasés et tics exquis (parce que répétés dans nos chaumières) qui s’entichent du membre viril devraient inciter à nous interroger sur ce qu’on est (ou croit) en train de devenir. Sur ce que, peut-être, nous ne sommes plus : nous-mêmes.
Quand les institutions pourvoyeuses de sens sont en parfaite contradiction avec l’imaginaire des « masses », il ne faut pas s’étonner que la société soit désarticulée. Les désirs « matés » de ceux qui estiment que « rien de ce qui procure la joie n’est contre la nature » (Henri Troyat), profitent des brèches laissées entrouvertes par notre propre déliquescence entretenue par nos fourberies qu’on prend pour des valeurs. La soutoura. Mon œil ! Ici, ce que le mari chuchote à son épouse est cancané à la foire aux médisances. Les invertis, les gigolos, les zoophiles, on les connait plus que ne semble le démontrer notre ébahissement face à leur « subite » exubérance.


mercredi 20 janvier 2016

Neegu Yalla, bitik Imam aki gangooram


D’ex-rupins à la retraite, en mal d’« audience » (les drianké sont allées chercher ailleurs) et d’exutoire, prennent plaisir à transformer  tous les petits coins de nos  exigus quartiers en  « échoppe ». Ou si vous voulez, mosquée, neegu Yalla.  On garnit son dressing-room de froufrous, de grands boubous empesés. Le falzar et la chemise sont mis au frigo. On s’achète un chapelet plus gros qu’un boa. On marmonne en saluant les bonnes dames. On dégotte un imam à la rhétorique savoureuse. C’est une aubaine pour lui. Il n’a jamais rien fait dans sa vie. C’est lui qui séparait les ménagères qui se crêpaient le chignon quand ses nouveaux « copains » (qui se souvenaient de lui à chaque fois qu’ils devaient donner l’aumône aux indigentes gens) étaient au boulot. La bande des ex-coquets (coquins ?) à la retraite le sort de son ennuyeuse existence et le met au centre des crédules dévots. Il leur faut bien un imam « compagnon » fidèle de la galère, prêt à les accompagner dans leur subite repentance et qui ne leur ressasserait pas inlassablement les paroles divines. Ce n’est d’ailleurs pas sûr que l’Imam en sache bien davantage qu’eux. Il a juste dû apprendre à mieux débiter la Sourate Fatiha et quelques petits versets (Julli day gaaw, waruño teye mboolo mi) qu’une bouche dépeuplée de ses dents ne réciterait guère moins bien que lui.
Un  peu de tintamarre ne ferait pas de mal à un nouveau « commerce » tenu par une vieille garde décidée à le rentabiliser. Des « laay laay lal-la » criés (le participe « psalmodiés » aurait été insultant pour les êtres férus de bonnes notes) à tue-tête y participent. L’oreille du Seigneur est devenue dure ! Il faut hurler ! Les micros amplifieront « l’horreur ». La transition n’est jamais évidente. Une embardée effraie toujours. Soyons indulgents avec les nouveaux « fous de Dieu ». Passer de Peter Tosh ou Ray Charles à Abdallah Soudais…ça craint ! Ou de « chauffeur » de bal musette à muezzin insomniaque ! Ça sonnaille beaucoup, mal et fort. Et à envie. Désormais, le peuple se réveillera tôt. Les oreilles siffleront. Les « pestiférés » peu exaltés pesteront. La gérontocratie s’en moque éperdument. Elle doit bien vendre sa cabane, l’entretenir. Il y aura toujours un « machin à acheter » : une moquette, un plafonnier, un micro, « def ci jakk ji, man kaana lillahi kanal lahu lahu ». Les patriarches stimuleront l’élan de commisération des âmes bienfaitrices à l’égard de…leurs pauvres, « dimbali neew ji doole yi ».
Les vieux copains, « accotés » au discours mystificateur de leur recrue d’imam, s’entichent jalousement de cabas et de besaces. Leur « forteresse » devient le réceptacle de nos compassions, de nos désirs viscéraux de croire au mirage, à leur soudaine « métamorphose spirituelle », Yalla mooy defar jaam bi, mookoy sedd ». Les menues monnaies récoltées ça et là ne sont qu’une gratification du Seigneur satisfait de la bonne tenue de sa « chambre », jamais aussi bien animée.

A pour - suivre…




lundi 21 décembre 2015

Les confidents de Dieu


Quelques dévots se plaisent à dessiner un monde qui les rendrait eux-mêmes moins sûrs de leurs étranges absurdités (Ici, Dieu a des confidents). Sur cette terre, on s'offre, se soumet pour vivre d’espoirs entretenus par la vénérable personnalité qui n’ouvre la bouche que pour cracher sur des paumes moites et percluses d’admiration et de mysticité monnayée ; celle qui leur donne cette douce illusion de voir au-delà de la munificence de la nature, des étoiles (qu’ils sont les seuls à voir scintiller !), de pouvoir s’abstenir de « vivre ». Car ce monde admettant la souillure est indigne d’eux pour qu’ils en jouissent ! Il faut le regarder avec dédain ; ceux qui s’en entichent, avec plus de mépris encore. Ils finissent par devenir asociaux. Le géniteur devient, pour le rejeton subjugué par le discours mystificateur,  « cet homme qui n’a rien compris » au sens de nos petites existences. Il l’imagine dans le supplice de l’enfer. A moins que le confident du Seigneur, l’intercesseur auprès de celui-ci, messie de quelques impies et autres libertins, veuille bien leur savoir bon gré de leurs descendances.
A suivre...

jeudi 26 novembre 2015

Plan Sénégal émergent : Ndongo Samba Sylla décèle quelques failles

Ndongo Samba Sylla entouré de Mme Sonko et de  M. Thierno Diop.
L’émergence économique, expliquée dans le contexte sénégalais, a forcément des relents politiques, des analyses qui transcendent parfois les idéologies et les approches techniques. Elle implique, de la part des gouvernants et des intellectuels, de l’accommoder aux réalités des peuples d’Afrique. Elle exige, au risque de paraître libertaire, une déconstruction des concepts qui nous sont venus d’ailleurs. C’est toute la substance des idées émises par l’économiste Ndongo Samba Sylla, invité hier, au carrefour d’actualité du Centre d’études des sciences et techniques de l’information.
L’Afrique et les pays dits sous-développés ne sont pas tenus de s’approprier des concepts dont ils ne sont pas les auteurs. La bonne gouvernance, « un fourre-tout », selon le conférencier, doit être explicitée, repensée, si elle ne disparaît de l'imagerie collective passive, pour qu’elle ne soit plus une épée de Damoclès  sur la tête des pays du tiers-monde. Le vice champion du monde de scrabble ne s’enthousiasme pas outre mesure face à un « Plan Sénégal émergent incohérent et peu ambitieux » écrit par des mains étrangères gracieusement rémunérées.

lundi 16 novembre 2015

Les nouveaux polichinelles de la sape


Quand le coureur de jupons drague une crédule demoiselle, il lui chuchote qu’elle est plus torride que Rihanna, plus pimpante que Beyonce. Ou pour faire local, sa tronche mieux « sculptée » par le Seigneur que celle de Vivi ex Ndour, sa silhouette plus fine que celle de Coumba Gawlo, ses formes plus généreuses que celles d’Arame Thioye, la poitrine plus… (Tout doux, on est dans un pays de croyants). C’est un jeu de dupe et de pipeau. Mais en voulant  abusivement jouer avec les flammes de la pulsion, de l’impulsion, on finit souvent dans « des couvertures en bandes de coton, sur une claie de jonc tissé et consolidé par des lattes » (Abdoulaye Sadji, Tounka). N’galka Guèye, illustre descendant d’une légendaire famille, « merveilleux pêcheur et lutteur grandiose », subit ce triste sort. N’galka disait prétentieusement ceci : « Moi, me marier sur la terre ferme, avec une fille des hommes ? Mon épouse viendra de la mer, je veux des enfants qui ajoutent à ma science l’hérédité supérieure des maîtres de la mer ». Cela le perdit.  Yves Niang aussi avait présomptueusement dit être le plus « branché » des chanteurs de la banlieue, le mieux habillé. Parfois, les subtilités de la langue wolof ou française peuvent nous faire énoncer des choses qui trahissent nos pensées. Le gars voulait certainement dire « mieux accoutré ». Le problème, c’est qu’il croit pouvoir enfiler le « pyjama » mieux que Michael Jackson qui ne faisait que ça dans la vie.
A trop convoiter les étoiles sans savoir à quoi elles ressemblent, on ramasse au bout de la nuit, un cône, une coquille ou peut-être la fortune sans savoir quoi en faire. La nouvelle vague d’artistes-chanteurs (et parfois certaines « anciennes gloires ». Gorgui Ndiaye par exemple se déguise comme un adolescent qui vient de s’affranchir de la tutelle parentale), s’entiche du ridicule pour nous apparaître plus niaise que ne le laissent penser les thèmes abordés dans leurs chansons.  Leurs vidéos sont devenues des plateaux d’exhibition du burlesque. Le caprice vestimentaire de l’artiste est permis quand il nous parle, quand il a une valeur symbolique au-delà des « amusantes » et insolites tendances de la mode dont Waly et ses « coreligionnaires » sont épris. Sous d’autres cieux, on doit certainement se moquer du nègre qui singe comme on railla Battling Siki du temps de ses extravagances de nouveau rupin parmi les Toubabs. Ici, c’est notre champion. C’est toujours Mbarick Fall. Pour eux, c’était juste un drôle de personnage qui suscita leur curiosité. Une brute qui aimait leurs insignifiantes choses, qui les amusait comme un chimpanzé jouant au dandy. Finalement,  ils n’étaient subjugués  que par le boxeur à la poigne ravageuse. Leur « plagiaire » les égayait tout au plus.

Ne tenez pas trop compte de ce que vous venez de lire. C’est un pathétique et aigri has been qui se lâche sur des  « gamins » choyés et friqués qui sortent avec de tentantes nanas qu’il ne voit qu’à la télé. Tenez bon. Quelques surexcités groupies du pays que chantait Mbissane Ngom vous témoignent admiration ! C’est largement suffisant ! Vous n’avez que faire d’une carrière internationale comme Ismael Lô, Baaba Maal et autres…C’est la vieille garde ça !

samedi 14 novembre 2015

Célébrités et sape

Ibrahima Sène, PIT
Ibrahima, comme sur une « Sène » !
Macky, nous l’aimons bien, mais parfois, il retombe dans la munificence légendaire de son vieux mentor (même s’il s’est pris d’affection maintenant pour la vieille garde râleuse). Avec un peu d’inspiration, il aurait compris que quelques chemises bien repassées et pantalons plus plaisants à zieuter que ceux des gardiens de troupeaux aux Etats-Unis, les cow-boys, suffiraient à combler de bonheur le colosse à la voix rocailleuse du Parti de l’inélégance et du toc(Pit). Mais, prési a préféré le nommer à la tête de la société des mines de fer du Sénégal oriental (Miferso). Il y a un sérieux problème dans ce parti de gauche (c’est une inspiration divine, c’est carrément gauche). On se coltine pendant des années le vieux Dansokho (merci, nos oreilles bourdonnent un peu moins) que seuls quelques plaisantins et nostalgiques de Majhemout Diop écoutaient. Ensuite, on nous sort Maguette Thiam (qui ne parle pas plus fort que nos khalifes généraux) pour nous rappeler les vieilles frusques que chantait Doudou Sow. L’autre, bâti à chaux et à sable, et un peu plus jeune, n’est pas mieux loti. Il paraît que sa ravissante fille, Lena, s’effarouchait à sa vue (c’est pourquoi, elle serait repartie après avoir joué à la mascotte pour Ndaamal Kajoor). C’est une chose qu’il peut éviter hein ! Il suffit juste de s’habiller plus qu’il ne s’accoutre.
Ibrahima Sène est natif de Saint-Louis. Il a aussi, paraît-il,  tâté le micro pour quelques notes de salsa au lycée (ne vous moquez pas). Les salseros et les ndar-ndar, on nous le rabâche souvent, sont des gens raffinés. Comment alors le colosse a pu dévier de ce chemin ? Staline s’habillait mal (en même temps, avec sa taille de nabot…). Mao se cachait derrière sa révolution culturelle, on peut lui pardonner la variante du costume Zhongshan. Toutefois, il ne faut pas abuser de la parodie jusqu’à « l’auto flagellation », cher Ibou.

Crédules mômes, quand nous regardions le clip d’Ismael Lo, « Dibi dibi rek », nous éprouvions de la commisération pour cette femme qui parcourait le désert. Nous avions peur qu’elle meure de soif et de faim. Aujourd’hui, devenus de grands garçons, nous nous extasions sur sa beauté aguichante, sur sa mise sauvage qui ne l’enlaidit point. Passez-moi ce délire. Ibrahima Sène, pour nous, alors fougueux adolescents, c’était cette plume acerbe et noble sur laquelle nous n’arrivions pas à poser un visage. Nous aurions aimé ne pas percer le mystère. Ne perdons pas du temps à lui dire qu’il doit adopter un nouveau style, qu’il doit mieux s’habiller, raser la barbe un peu plus souvent. Il ne le fera pas. Filons-lui un 5/10. Ce, pour lui donner une petite chance au prochain renouvellement du Pit (c’est trop dire, vous avez raison). Il parait que Maguette veut débarrasser le plancher (yagu fi, yaxu fi, toju fi, il est mort).

Aida Samb, musicienne
Aida fait sa mue
La petite fille du grand Samba Diabaré, Aida Samb, disait sur un plateau de télévision, au début de sa « fulgurance », qu’elle n’était pas à l’aise dans son déguisement (ce n’est pas péjoratif chers amis, l’artiste, si ce n’est trop dire, se déguise), qu’elle se sentait un peu à l’étroit. Elle aurait même pleuré.  Aida était (ou est) prude. Mais, son staff voulait qu’elle parût moins « ringarde », moins bégueule. L’interprète de « Saraba » finit par s’y plaire. Elle troqua marinière et autres de chez nous pour des tenues beaucoup plus « toubab ». Depuis, nos dévots regarderaient moins ses clips. Ils  en parlent tout de même (ils ont vu de loin quoi !). Et puis franchement, « messieurs exaltés confidents de Dieu », il y a pire comme « exubérance diabolique » au pays de la Terang ! Entre « Saraba et « Lula nex »,  Aida passe de petite fille presque pudibonde à aguichante musicienne à la silhouette affinée, drapée de « coupons » tout aussi agressifs. Elle en a fait écarquiller des yeux même si Aida, on le sait tous, ne sera pas dauphine de miss Ambroise Gomis. Sénégal, nous voulions dire.
Omar Ndao (paix à son âme) nous a laissé une leçon de vie qui, à première lecture, semble même parfois grivoise pour les esprits bornés, étroits. Il disait (et mieux que nous nous employons à le faire en ce moment) que quelque part dans le monde, on ne nettoie que les mains après avoir « arrosé » la pissotière. Ici, beaucoup d’entre nous se limitent à laver le sexe. L’idéal serait qu’on se « rince » à la fois les indociles organes et les mains qui caressent, saluent, étreignent, nourrissent... C’est un échange. Il n’est pas question de singer. Il faut trouver cet équilibre qui fait qu’on reste soi-même tout en ne répugnant pas à emprunter à l’autre ce dont dame nature, dans sa partiale générosité , ne nous a pas gratifiés. Aida est devenue plus éclatante, plus sexy et certainement plus courtisée que jamais par les dons Juans de ndakaaru et s’habille plus court (vous ne trouvez pas que c’est plus mignon que la « toile » qui couvre le visage et tout le corps de certaines dames sous un soleil de plomb, et ramasse les souillures de nos insalubres rues ?). Mais sa mue est tellement brusque qu’elle relève presque du burlesque. Louis Maigron semblait excuser l’artiste (on a du mal à nommer ainsi certains de nos musiciens) de suivre à peu près son caprice vestimentaire dans une certaine époque. Toutefois, il est de bon ton pour un « produit à exhiber » de se donner une image de marque au-delà de ses prédispositions naturelles et des « épidémies de mode ». Aida nous enchanterait davantage. Mais, tu es encore jeune, lula nex nex nañu, baca kanam ! C’est lassant de traduire à chaque fois. Demandez au gars toujours bien sapé et sans un sou qui attend toujours que vous finissiez de lire pour vous piquer votre « Soleil ». Il est en train de zyeuter, faites gaffe.

Souleymane Ndèné Ndiaye, homme politique
Ndéné, nini
Avec  Wade en 2012, Ndéné, le directeur de campagne, est noyé par la déferlante vague marron, quelques indestructibles faire-valoir et  jeunes fougueux (peut-être là un euphémisme). Il se rebiffe et se présente aux locales, à Kaolack. Guinguineo devenait trop étroit pour lui. Il mordit la poussière. Comble d’infortune, le parti démocratique sénégalais n’en a pas voulu pour le rendez-vous de 2017. Il crée l’Union nationale pour le peuple (On nous l’a soufflé ! on n’est pas obligé de se les mettre tous dans la caboche, ces 200 partis et des poussières !) qui ne décolle toujours pas. Heureusement, Jules peut  tirer orgueil de sa garde-robe en se calfeutrant dans son dressing pour retrouver le béguin, la flamme. Faudrait-il juste qu’il en jouisse convenablement.
On a envie de demander au dernier premier ministre de Gorgui ceci : what is the problem ? Encore qu’il n’a pas « une poitrine de moineau, des épaules peu fournies, de petits bras arqués recouverts d’une peau molle et grasse…des jambes de bancal » comme Diouldé (Tierno Monénembo, crapauds-brousse). Il lui faut juste un style surfant entre le chic de Madické Niang et le soft de Moustapha Mamba Guirassy (la craie oblige). Mais quand on veut aligner le chic et le « casual », il faut s’y prendre tout doux. Ça peut être moins allusif que les anamnèses de Roland Barthes.  Une petite casquette Nike, Adidas, Puma –ou que sais-je-  assortie à une veste qui ne sied guère, ça saute aux yeux du plus malhabile monstre de la nippe. Et pour un « gars » attaché à son « rang aristocratique», ça peut faire tilt.
Mais n’allons pas lui faire boire le bouillon si goulûment. Il y en a de ces choses qui lui vont à merveille et qui font ressortir ses traits physiques que pourrait lui envier un autre ténor du barreau si « tendre » avec Souleymane ! Les costumes au fond rayé avec des manches et revers fignolés ou encore les boubous traditionnels agrémentent sa belle silhouette. Et puis franchement, il n’y a pas à se faire du mouron quoi. Le chic choque ou enchante autant que la loque. Du moment qu’il nous parle… Si vous ne le blairez pas, reconnaissez quand même que ses lunettes à verres correcteurs-si elles corrigent- donnent plus de somptuosité à son allure.
Pour entretenir un rêve, celui là présidentiel, nous lui filons la note de 6,75/10. En espérant que son « sang royal » ne se muera pas en « sang d’encre ».

Les petits "cinémas" de quartier font de la resistance

Pour certains, regarder un film, confortablement vautrés dans la bergère de leur salon, relève de la banalité. D’autres, pour jouir de ce plaisir, avec beaucoup moins de confort,  doivent investir les minuscules « cinémas » de quartier nichés dans des locaux qui ont plus l’aspect d’une remise, d’un garage que d’un lieu de détente.
A l’intérieur de ce carré chaud certainement prédestiné au garage,  il fait sombre. Un bon arôme ne s’y dégage pas. Les bancs ne sont pas confortables. Le ventilateur participe juste à l’affreux décor. Il ne rafraîchit plus. Le rideau aussi est malpropre. Pour un rendez-vous galant, on n’y  songerait certainement pas. Malgré tout, des  gens trouvent, dans cette atmosphère peu enviable, le bonheur ; celui de regarder un film avec des amis, des inconnus. Dans le populeux quartier de Grand Yoff, A. D. gère ce « petit cinéma » depuis trois mois en l’absence du propriétaire. Il ne s’en sort pas mal car « j’arrive à récolter entre 6000 et 7000 francs par jour et à m’acquitter de mes factures d’électricité à hauteur de 25000 francs en moyenne par mois », murmure-t-il, le sourire crispé. Ici, l’envahissante technologie ne menace pas encore les affaires !
Sur une affichette, il est indiqué le programme du jour. A 18 heures, les cinéphiles de « l’indigénat » ont droit à un film hindou, « Zanjeer ». Il leur faut débourser 100 francs, 50 de moins s’il s’agit d’un film « américain », généralement moins long. Les enfants du quartier et quelques badauds en raffolent. Des adultes désireux de « tromper le temps aussi », précise A. D., très prudent quand il s’agit de parler de l’impact de ses films sur la scolarité des enfants. Adolphe Gomis, lycéen et parmi ses plus fidèles clients, le tire d’embarras : « Cela ne constitue en rien un obstacle pour mes études. Mes camarades et moi ne venons ici que le samedi et le dimanche ou pendant les vacances. Nous n’avons pas les chaînes diffusant ces films ».
A côté de lui, des « mômes », sans doute moins avertis, font une partie de baby-foot. Le gérant ne s’en émeut point. Encore moins de leurs cris et de leurs fréquentes empoignades. Sa besace le préoccupe davantage. « Leurs parents ne m’ont jamais fait de reproches. Il y a pire comme loisir pour un enfant ». C’est certainement moins dangereux que jouer au « petit camp » sur une route bitumée comme il est « permis » dans ce quartier aux rues encombrées de détritus, de petits commerces, de mécaniciens… Se sont-ils au moins intéressés aux contenus des films proposés à leurs rejetons ? Sous le couvert de l’anonymat, cette mère de famille avoue n’y avoir jamais pensé. Le « tenancier » se prévaut de sa moralité. La pornographie ? « Que Dieu m’en préserve », s’écrie-t-il, incommodé.
Film hindou 100 francs, américain 50
Ailleurs, à Yeumbeul, autre quartier de Dakar fourmillant de monde, de petits métiers, de vies, Lamine Fall tient un « petit cinéma » dans un garage près de la station-service de Darou Salam. Ici, viennent glander quelques talibés. Ils y laissent leur obole pour noyer leur infortune. Mais Lamine, au verbe beau et plutôt enthousiaste et dégourdi, jure leur en faire cadeau souvent. Ces mendiants fréquentent les lieux le jeudi et le vendredi. Un rideau noir sépare le « petit cinéma » à l’intérieur duquel sont dressés des bancs, et la salle de jeux équipée de cinq playstations. Un téléviseur est perché sur un support métallique. Il y règne un silence de cathédrale. Les yeux sont rivés sur le petit écran. « L’écran géant est tombé en panne », informe M. Fall. Celui du Centre communautaire « Galle nanondiral », se trouvant à quelques encablures de là, lui, n’en est pas affecté.
Ce centre, disposant d’une bibliothèque, d’une salle informatique, d’une école, d’un terrain de basket…, est créé, en 1986, par l’église évangélique luthérienne du Sénégal. Il offre relativement un meilleur confort tout en appliquant les mêmes tarifs. On n’y projette des films que durant le mois de ramadan ou pendant la trêve des championnats européens de football préférés au septième art. La clientèle est principalement constituée de « talibés » et de jeunes de Yeumbeul. Les revenus sont, aujourd’hui, moins importants à cause des « petits cinémas de quartier » et surtout de la prolifération des branchements clandestins, même si « la vocation du centre est plutôt sociale », indique Mouhamadou Wone, gérant de la salle de projection depuis 1998.

A Dakar, il faudrait peut-être commencer à s’intéresser aux petits plaisirs des « petites gens ». Les disparités sociales ne résident pas seulement dans l’aisance choquante des uns et la promiscuité ambiante chez les autres. Il est dans ce que les uns et les autres s’inventent comme passions, comme vies. Le loisir a une géographie. Il relève davantage des conditions sociales que des sensibilités culturelles. Aujourd’hui plus qu’hier.