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| Si miracle se produit |
Au détour d’une discussion, un vieux belge fit cette remarque « Vous avez une singulière façon de nommer les choses». Sacrilège ! Il fouette la fierté de tout un peuple en ironisant ainsi sur ce qui est considéré comme le sport NATIONAL, la lutte avec frappe.
Au Niger, on lutte sans cogner. Aux Etats Unis, on rosse de coups son adversaire. Ce pugilat, ils l’ont appelé boxe. Le si futé sénégalais a trouvé la parade. Il allie coups de poing et corps à corps. Facile combinaison pour se faire un sport NATIONAL. A y regarder de plus près et en oubliant un peu notre chauvinisme obstruant, la boutade du Belge interpelle. A quoi bon se rendre aux Etats-Unis, en Turquie, en Italie… si c’est pour montrer ses talents de danseur. Autant se rendre chez Germaine. Ici, on lutte si peu.
En boxe, le show est subsidiaire le
jour du combat.Les « empoignades », si ce n’est faire trop d’honneur
aux « mastodontes chorégraphes », tiennent de l’anecdote. On glisse,
on reçoit une petite calotte, parce qu’on frappe si mal. Et c’en est fini du
spectacle qui faisait saliver Sandaga, Tilène, Colobane…et maintenant les
amphithéâtres ! Les enragés dont l’idole, bâtie à chaux et à sable, est
vaincue, peuvent s’en prendre aux passants, aux riverains pour se soulager de
leur niaises désillusions. C’est selon. Le gaillard leur a servi de jolis pas
de danse, mieux peut-être que son bourreau du soir. C’est suffisant non ?
Il a plus sué dans sa chorégraphie que dans l’arène. Ah sur le podium !
Passez-moi cette erreur de langage.
Devrions-nous, peut-être, songer à
appeler cela « culture nationale ». Senghor, d’outre-tombe, s’en
émouvrait. Il parait qu’il n’aimait pas la lutte. Sa raison hellène le
turlupinait. Etrange quand même pour un fils de Joal. Là-bas, le
« mbapatt », (encore que c’est plus sensé que ce qu’on a appelé lutte
avec frappe) a permis de ramener, de
temps à autre, à la maison, un sac de riz, de composer un cheptel, d’élever une
chaumière. Nous nous en offusquons moins que l’extravagance, le grotesque
paralysant dans lequel le Sénégalais se noie. Il ne faut pas pousser la vilénie
jusqu’à penser qu’il ne peut aimer autre chose. Le président Lamine Guéye
disait, dans un langage moins cru et plutôt caricatural, ceci : « Le besoin pour un clochard, c’est évidemment un
quignon de pain et une paillasse…mais fournissez lui du poulet rôti à point et
un lit de milieu, et il en usera tout aussi bien que quiconque ». Donnons
au peuple la chance de découvrir le meilleur combattant après qu’il a acclamé
le talentueux « saltimbanque ».
Abdoulaye Wade, non plus, n’aimerait
pas trop ça mais il ne se privait pas d’inviter les
colosses à sa table. Macky Sall ? Attendons sa période de vulnérabilité,
les présidentielles, en 2019 ! Chut, c’est un tabou, depuis que l’Imam du
Cap Vert….Il parait que suggérer des réformes au monde du sport
« nationalisé » est aussi un tabou. Encore une petite digression.
Il est tout à l’honneur du Comité
national de gestion de vouloir perpétuer cette prétentieuse « exception
sénégalaise », mais la lutte est
censée être un sport de combat. Il n’y en a aucun dans ce monde qui ne donne à
l’athlète, au cours d’une opposition, la possibilité de se reprendre. C’est là
tout le charme du sport en général ; Soupirer plus qu’un golfeur, se
relever plus vite qu’une marmotte, se battre comme un lion pour remonter la
pente devant ses inconditionnels. Balla Gaye II n’aurait pas crié sur tous les
toits être meilleur que tous ses bourreaux s’il lui avait été permis de
rectifier le tir les soirs de ces désillusions ou à ces adversaires de lui
infliger de plus mémorables chutes au bout de trois rounds.
Le CNG n’aurait plus besoin de fixer l’âge
de la retraite à quarante-cinq ans. Le combattant, de sa propre autorité et
conscient que le sport a repris le dessus sur le folklore, s’épargnerait
d’affligeantes déconvenues au crépuscule de sa carrière.
Il faut enlever à la lutte cette dose trop aléatoire même quand le plaisantin
Yawou Dial affronte le roi des arènes. Encore une autre bizarrerie. Demain, un
obscur et fortuné promoteur peut décider d’organiser une confrontation entre
Bombardier et un quelconque lutteur sorti de sa botte secrète. Le colosse de
Suisse, Rocky Balboa, par exemple ! L’arène pourrait alors se retrouver
avec un roi qui n’a livré qu’une seule opposition. On pensera alors à bien
« nommer les choses ».

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